Le chemin de Jean-Pierre Bemba Gombo, ancien chef rebelle et challenger du président Joseph Kabila lors des élections de 2006 s’est croisé avec celui de Moïse Katumbi, ancien gouverneur de la province du Katanga et bras droit de l’actuel président congolais. Les deux personnalités, jadis dans des cas opposés se retrouvent dans une même démarche, notamment la recherche des documents (passeports biométriques) et le retour en RDC dans l’objectif de concourir aux prochaines élections.

Si les choses semblent très compliquées pour Moïse Katumbi, qui devra affronter la justice lors de son retour au pays selon le gouvernement, Jean-Pierre Bemba Gombo, dont le mandat au sénat reste en validité semble avoir tiré la bonne carte dans ce jeu.

Vivant à l’étranger depuis 2016, Moïse Katumbi a vu son passeport semi-biométrique être désactivé depuis mi-janvier. Cependant, l’ancien gouverneur du Katanga aurait continué de voyager avec le même document à travers le monde sans problème. D’autant plus que l’année derrière, il s’est rendu à l’Ambassade de la RDC en Belgique pour obtenir son passeport biométrique sans succès.

Kabila plus gentil avec Bemba que Katumbi, le radical

Néanmoins, les choses se sont compliquées pour le président de “ENSEMBLE”. Interpellé en mi-juin à Bruxelles au sujet du même passeport,  Moïse Katumbi n’a plus aucun document de voyage officiel. La Belgique le lui a retiré, lui donnant 14 jours pour régulariser sa situation.

Cependant, Katumbi a indiqué que sa demande de renouvellement du document avait été rejetée par l’ambassade de la RDC en Belgique. “Moïse Katumbi n’est jamais revenu avec le formulaire de demande de renouvellement de son passeport retiré à l’ambassade” avait pour sa part rétorqué Lambert Mende Omalanga, ministre de médias et porte-parole du gouvernement congolais.

Dans l’entre-temps, l’opposant Jean-Pierre Bemba, qui a été acquitté par la Cour Pénale Internationale  se retrouve à peu près dans la même situation: ayant passé 10 ans en détention, son passeport a expiré. Il séjourne en Belgique à titre exceptionnel. Mais devrait recevoir son passeport plus rapidement que Katumbi.  “Jean-Pierre Bemba est sénateur. Le processus de renouvellement de son passeport est en cours et il devra l’obtenir bientôt et rentrer au pays en juillet pour déposer sa candidature s’il est élu candidat du parti au congrès du Mouvement pour la Libération du Congo qui se tiendra entre le 12 et le 13 juillet prochain” avait indiqué à Reuters Michel Koyakpa, chargé de communication de Eve Bazaiba Masudi, secrétaire général du MLC.

Kinshasa a également donné des instructions claires à sa représentation en Belgique pour que l’ancien adversaire politique de Joseph Kabila obtienne le passeport biométrique dans les meilleurs délais. Le gouvernement congolais a aussi précisé que le feu vert était donné pour un retour en RDC de l’ancien vice-président et locataire de l’une de cellules de la prison de la cour pénale internationale à La Haye.

Si l’opinion s’interroge sur l’accélérateur sur lequel appuiee Kinshasa dans toutes les démarches entreprises par Jean-Pierre Bemba alors que le même pouvoir maintient le freint dans les dossiers Katumbi, il y a lieu de souligner les rapprochements entre le MLC et le pouvoir qui ont précédé la libération de Jean-Pierre Bemba.

Le MLC du côté de Kabila

Eve Bazaiba (MLC/ FRC) aux côtés d’Alain Atundu, porte-parole de la MP

Le 2 janvier 2017, alors que le monde entier se félicite d’un accord arraché au bout de la nuit de la Saint-Silvestre à Kinshasa, fixant les conditions de départ du président Joseph Kabila et laissant entrevoir une sortie de crise en République démocratique du Congo, la Majorité Présidentielle viendra doucher tous les espoirs. Lambert Mende, cadre de la majorité, annonce que sa famille politique a signé cet accord « sous réserve », dénonçant le manque d’inclusivité, et bloquant ainsi son application, alors qu’une course contre la montre devrait être engagée afin d’organiser les élections à la fin de l’année 2017 comme prévu.

En filigrane, la majorité a raison. Plusieurs opposants n’ont en effet pas signé cet accord. Si les ministres du gouvernement Bandibanga, qui font alors partie des récalcitrants, viendront finalement signer, une coalition politique fait tourner la montre, se fait désirer et tend les nerfs de la classe politique. Il s’agit du Mouvement de Libération du Congo (MLC), dirigé alors depuis les prisons de la Cour Pénale Internationale (CPI), par son leader incontesté, Jean-Pierre Bemba. Le parti de l’ancien vice-président, pourtant ennemi public de Joseph Kabila, que l’on accuse de l’avoir fait emprisonner, joue étrangement le jeu du pouvoir congolais, en bloquant l’application de l’accord.

A Kinshasa, on ne tarde pas à s’attaquer au MLC, y compris sa coalition du Le Front pour le respect de la Constitution. Le 14 janvier, sa crier gars, Eve Bazaïba se rend au Centre Interdiocésain, siège de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENC0), où elle signe finalement l’accord. Officiellement, le MLC et ses alliés ont changé leur position après « une injonction » de Jean-Pierre Bemba, qui a, à travers une correspondance, demandé à ses partisans et leurs alliés de signer l’accord en vue de permettre une première passation pacifique et civilisée du pouvoir au plus vite.

Néanmoins, cet épisode, comme d’autres, mettent en lumière des contacts entre le pouvoir et Jean-Pierre Bemba, qui reste un acteur majeur, malgré son emprisonnement depuis près de neuf ans. Dans les coulisses, beaucoup rapportent alors que des négociations directes ont eu lieu entre Kabila et le leader du MLC. Une situation qui sera peut-être prouvée par la suite.

En effet, en avril 2017, les rôles s’inversent. Alors que le Rassemblement, principale coalition de l’opposition et plusieurs autres partis refusent de signer l’arrangement particulier, qu’ils accusent de violer l’accord du 31 décembre 2016, à Kinshasa, le MLC fait sensation. Fidèle Babala, très proche de Jean-Pierre Bemba et Secrétaire général adjoint du MLC, fait irruption au Palais du peuple, siège du Parlement congolais, pour parapher l’entente. La furie qui s’en suivra n’est que logique. Le MLC, un mouvement issu des rébellions contre Kabila, et dont le leader paie encore le prix fort de son affrontement contre le président congolais, serait-il devenu collaborateur de ce dernier ?

Fiston Mahamba et Litsani Choukran