Jean-Pierre Bemba: l’autre espoir en RDC?

Sous le soleil accablant de Kinshasa, alors que la saison sèche connaît du retard dans ce pays qui commence petit à petit à ressentir les conséquences du réchauffement climatique planétaire, un drapeau blue flotte ici sur l’avenue de l’Enseignement, une petite route asphaltée de moins d’un kilomètre, mais où, étrangement, plusieurs formations politiques rivalisent, y basant leurs sièges. Le tissu flottant sur ce fond aux couleurs du drapeau original du Congo-Belge est celui du Mouvement de Libération du Congo (MLC), jadis principal parti de l’opposition, mais aujourd’hui dévalisé, depuis l’emprisonnement de son leader à la Haye.

« Avec Dieu nous vaincrons », peut-on lire sur un panneau, où on voit son leader, Jean-Pierre Bemba Gombo, ancien rebelle devenu vice-président, regardant sur sa montre, comme pour dire : rien n’est perdu. « Celui-ci c’est Igwe », s’exclame un passant en lingala. « Il reviendra un jour chasser ces rwandais au pouvoir », ajoute-t-il en voyant le micro. Comme lui, le peu de monde qui se trouve devant le siège provincial du MLC croit dur pour un retour du «Roi », un homme qui a conquis la capitale congolaise durant la présidentielle de 2006.

A l’époque, alors qu’il avait composé avec le président Joseph Kabila et plusieurs autres belligérants pour mettre fin à l’une des plus sanglantes guerres en Afrique depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, Bemba, dont le père fut un très proche de Mobutu, avait alors été plébiscité dans les rues de la capitale, face au camp du président Kabila, qui aura longtemps traîné derrière lui une image rwandophone, très haïe ici à Kinshasa.

Le “Igwe” de Kinshasa

Mais hélas, en 2008, après avoir foui en exile à l’issue d’intenses combats dans la capitale entre ses hommes et la garde présidentielle de Kabila, Jean-Pierre Bemba a été rattrapé par son passé rebelle. Il sera arrêté au Portugal et, depuis, emprisonné par la CPI. Cependant, si en juin 2016, la Cour Pénale Internationale a douché ses partisans en condamnant le « fils Mobutu » à 18 ans de prison ferme, l’éloignant de toute échéance électorale au pays, cette semaine, l’espoir renaît du côté du MLC.  On croit alors à un allègement de la peine, synonyme de libération.

« Cet emprisonnement a toujours été politique. C’est Kabila qui l’a envoyé là-bas pour se débarrasser de lui. La CPI n’est qu’un instrument pour neutraliser les africains. Mais aujourd’hui, les choses ont changé. Kabila n’est plus le maître de ce pays, et les blancs ne veulent plus de lui », croit savoir Christian, un partisan trouvé devant le siège du MLC à Kinshasa.

Les choses ont en effet changé. Le président Joseph Kabila, dont le deuxième et dernier mandat a expiré en décembre 2016, ne peut plus se représenter à la prochaine présidentielle programmée le 23 décembre prochain. Par ailleurs, alors que l’opposition peine à présenter un candidat commun, Bemba, qui a terminé avec plus de 40% en 2006 jouit toujours d’une popularité, tant, en face de Kabila, il n’y a de plus en plus d’anciens collaborateurs comme Vital Kamerhe ou Moïse Katumbi, ou encore, le novice fils d’Etienne Tshisekedi, Félix Tshisekedi.

Cependant, rien n’est si évident pour Bemba. A Kinshasa, l’étape de dépôts des candidatures s’ouvre bientôt et devrait être clôturer en juillet prochain. Par ailleurs, emprisonné depuis plus de 10 ans à la Haye, il a été reconnu coupable de deux chefs de crimes contre l’humanité (meurtre et viol) et de trois chefs de crimes de guerre (meurtre, viol et pillage).  Ces crimes auraient été commis lors de l’opération menée en République centrafricaine du 26 octobre 2002 ou vers cette date jusqu’au 15 mars 2003 par un contingent du MLC. Ainsi, outre le délai, très court, sa condamnation par la CPI, à en croire la loi électorale, pourrait le priver d’une candidature à la prochaine Présidentielle.

Candidat président?

Toutefois, au MLC, on y croit dur comme fer. « C’est un pilier important de notre démocratie, nous espérons qu’il va pouvoir recouvrir sa liberté, de façon à venir contribuer à la consolidation de notre démocratie, par la stabilisation de nos institutions démocratiques », explique le député Fidèle Babala, Secrétaire général adjoint du MLC.

Notre parti est en règle, et se prépare activement pour participer à ce qui est notre lutte principale: une alternance par la voie des élections, il n’y a pas un chemin“, ajoute-t-il, tout en annonçant que Jean-Pierre Bemba est dores et déjà le “candidat naturel” du MLC à cette prochaine présidentielle.

Au début de la semaine, Bemba a pu compter sur un soutien de poids, en la personne de Herman Cohen, ancien sous-secrétaire d’Etat américain aux affaires africaines, qui a adressé une lettre au Procureur général de la CPI, lui demandant de libérer l’ancien vice-président congolais. “Je crois que le résultat de son appel de la sentence le 8 juin 2018 devrait aboutir à une décision de considérer sa peine complète avec le temps déjà servi, et qu’il devrait être libéré pour assumer son leadership politique en cette période de crise dans le République Démocratique du Congo. Son leadership est grandement nécessaire en cette période de tensions politiques et de violence régionale“, dit-il dans cette lettre datant du 25 mai 2018, traduite de l’anglais par POLITICO.CD.

Cohen reconnaît toutefois la culpabilité de Jean-Pierre Bemba dans l’intervention de ses troupes en Centrafrique à l’époque, mais estime “qu’il n’y avait aucune preuve que lui-même se soit livré à de telles atrocités, ni qu’il ait ordonné à ses troupes de commettre de telles atrocités.” “Je crois que le temps qu’il a déjà passé en prison est suffisant punition pour son crime spécifique de négligence en commandant unités militaires au combat.

Engbaka Gaston.

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