Au Congo, seules deux choses unissent tous les Congolais: la défaite des Léopards, équipe nationale de football, et la désignation de Paul Kagame comme l’ennemi public numéro 1. Si la première assertion n’est pas très définitive, malheur à celui qui osera s’afficher aux côtés du président rwandais.

Tout sauf Kagame

En effet, 20 ans après l’arrivée de la coalition de l’AFDL et les plusieurs tentatives d’agression, le Rwanda incarne toujours, et à raison, l’image du traître, de l’agresseur, au Congo. Ainsi, s’afficher l’autre côté de la frontière du Nord-Kivu est crime de lèse-majesté en RDC. Joseph Kabila en sait sans doute quelque chose, lui qui traîne une image « copains-copains » avec Paul Kagame, au point d’être accusé, selon les plus complotistes au pays, d’être « à la solde du puissant président rwandais ».

C’est donc dans ce contexte que l’opposant Moïse Katumbi Chapwe, candidat déclaré à la prochaine présidentielle, a eu la bonne mauvaise idée d’accepter une invitation de la fondation Mo’ Ibrahim, pour participer à une « conférence » sur la bonne gouvernance à Kigali, capitale rwandaise et très détestée au Congo. A l’annonce de la nouvelle, beaucoup foncent les surcils sur les réseaux sociaux.

« C’est pas bon de tout justifier. Surtout lorsqu’il s’agit d’une visite à Kigali de Kagame pour parler alternance démocratique. Il y a des esprits qui ne marchent pas avec ces incohérences. De grâce, ne violez pas notre structure mentale. S’il vous plaît », tonne l’avocat Firmin Yangambi depuis la prison centrale de Makala où il purge une peine à cause de…. Kabila !

Les fameux “gros moyens”

Comme lui, plusieurs autres ne comprennent pas cette décision. Pire, elle intervient après une intervention très intéressante de son bras droit, Pierre Lumbi, ancien Conseiller Spécial du président Kabila en matière de Sécurité. Dans une intervention publique jeudi à Kinshasa, le vice-président de la coalition électorale « ENSEMBLE » a simplement promis de « gros moyens » pour chasser Joseph Kabila du pouvoir s’il n’y avait pas d’élections le 23 décembre.

Par ailleurs, ces gros moyens coïncident avec des accusations du pouvoir congolais, énièmes accusations, qui veulent que Moïse Katumbi ait « un peu » financé l’ex-colonel FARDC John Tshibangu durant ses multiples tentatives de rebellion contre Kinshasa. Pour corser l’addition, des rumeurs ont envoyé Moïse Katumbi et Antipas Mbusa, ancien rebelle et proche de Kagame, à Kigali en février dernier, soit disant à la recherche d’un soutien pour créer une nouvelle rébellion dans l’est.

Du calme, clament des proches de Katumbi dont les rumeurs étonnent et pourraient faire rire. « Cette invitation de la fondation Mo’ Ibrahim ne date pas d’aujourd’hui. C’est quelque chose qui est prévu depuis longtemps », explique-t-on.

La faute à Ibrahim Mo

En effet, le leader d’ENSEMBLE n’en est pas à sa première participation aux conférences organisées par cette fondation internationale de Mohamed « Mo » Ibrahim, un milliardaire anglo-soudanais et entrepreneur dans le domaine des télécommunication, qui a initié en 2016 un prix pour la bonne gouvernance. Moïse Katumbi intervenait déjà le 21 novembre 2015 au même forum, qui s’est déroulé cette fois-là à Accra au Ghana.

Les deux hommes ont gardé des solides liens d’amitié puisqu’en novembre 2017, M. Ibrahim s’est même attaqué au pouvoir congolais dans une interview,  estimant que le président Joseph Kabila serait la première victime en cas de non tenue des élections à la fin de cette année-là en RDC.

Par ailleurs, Moïse Katumbi a tenu à rappeler la semaine dernière son attachement à un combat démocratique. « Mon combat est démocratique et ma seule rébellion consiste à réclamer la tenue des élections libres et inclusives dans mon pays », a-t-il dit à Jeune Afrique.

Engbaka Gaston.