L’affaire commence au début du mois de mars 2018. A la Direction Générale de la DGDA, on apprend qu’une barge venue de Brazzaville et transportant une importante quantité d’objets importés arrive au Beach Ngobila à Kinshasa, créant des suspicions légitimes de fraude douanière. Le nouveau Directeur général Jean-Baptiste Nkongolo, qui assume l’intérim Déo Rugwiza (malade), prend l’affaire en mains.

Le 26 mars 2018, Bijou Ekofo Bonono, cadre et receveur principale au Bureau des douanes de la DGDA au même Beach, avec une autre dame du nom de Ntumba Kadima, inspectrice de la prise en charge à la DGDA, sont sanctionnées par le nouveau DG. Une mesure disciplinaire pour raisons d’enquête, explique-t-on. Outre ces deux dames, cinq hommes (l’inspecteur de la prise en charge Kilanda Moko, le contrôleur de la prise en charge Lukusa wa Mwikisha, trois vérificateurs Bopolo Mbula, Mwamba Bebay et Mvubu Luemba) ont écopé de la même sanction.

Le 6 avril, dans un courrier n°CAB/MIN/FINANCES/ECO/2018/1277, adressé au DG Nkongolo et signé par Henri Yav Mulang, ministre des Finances, qui a la tutelle de la DGDA, il est tout à coup fait état que Mme Bijou Ekofo a saisi, dans une correspondance datée de quatre jours auparavant, le ministre pour se plaindre d’abus de pouvoir et de harcèlement sexuel de la part du DG Nkongolo.

De contre-bande à harcèlement sexuel

Étrangement, le même 6 avril, le Ministre des finances adresse une autre lettre à Bijou Ekofo Bonono, portant «dénonciation d’abus de pouvoir et harcèlement sexuel par le directeur général adjoint en charge des Finances, Nkongolo Mutshi». La lettre dénonce une suspension jugée arbitraire et méprisant des dispositions des statuts de l’agent public de l’Etat, à l’encontre de Mme Ekofo.

Cette mesure prise à votre encontre trouve son origine dans les nombreuses avances sexuelles et sollicitations amoureuses dont vous auriez été l’objet de la part du DGA/F, M. Nkongolo Mutshi” indique-t-elle, reprenant les informations fournies par la destinataire de la lettre.

Faisant suite à cette plainte et considérant la gravité des faits dénoncés“, ajoute la lettre du Ministre, qui indique avoir demandé au directeur Général a.i de la DGDA, qui figurait en copie, de transmettre dans les 48 heures, « pour examen et appréciation », l’ensemble des éléments en ce compris le rapport de la mission d’audit du 19 mars 2017, qui l’ont conduit à suspendre son administrée en poste au Beach Ngobila.

Cette lettre, comme la première, est envoyée en copie au Président de la République, au Premier ministre, à des ministres (celles de la Femme, Famille, Enfant et des Droits Humains), à Mme la Conseillère Spéciale du Président de la République en charge de violence faite à la femme très en pointe sur le dossier, à diverses délégations syndicales.

Pour l’instant l’affaire reste pendante vu que les deux parties concernées sont absentes du terrain . Le Directeur Nkongolo séjournant à Goma à l’est du pays en mission de service autorisée par le ministre Henry Yav Mulang, qui également séjourne aux États-Unis.

Des sources internes au sein de la DGDA ont affirmé à POLITICO.CD que ce dossier, qui risque de faire tomber de têtes au sein de ce portefeuille public, est moins une affaire de mœurs qu’un dossier de fraude douanière, courant à un poste d’entrée connu pour sa contrebande.