« Il faudra compter sur Kabila pour les 30 prochaines années »

Au lendemain d’une rencontre entre Joseph Kabila et les députés de la majorité au pouvoir à la Cité de l’Union Africaine (à l’ouest de la ville), à Gombe, non loin du Palais présidentiel à Kinshasa, un homme s’extirpe de son 4×4 couleur grise et fumé. Il a la calvitie qui se rebelle face aux cheveux, mais a moins de quarante ans. C’est Patrick Nkanga, le président de la Ligue des Jeunes du Parti pour la Reconstruction et la Démocratie (PPRD), qui prend ses aises. Nous sommes chez lui, ici, au n°10 de l’avenue Cadeco. C’est le siège d’un mouvement qui fait parler de lui depuis un certain temps. Un mouvement «de gauche », qui développe de plus en plus des signes extérieurs d’endoctrinement.

Rares sont pourtant ces signaux dans l’enceinte : une simple maison transformée en bureau. A l’entrée, une très longue table de réunion. On serait dans un endroit quelconque s’il n’y avait pas une photo étrange, juchée là-haut : on y voit le président Joseph Kabila évidemment, mais en tenue militaire.  La photo, explique d’emblée Nkanga, est caractéristique de l’état d’esprit des jeunes du PPRD. « C’est la discipline, c’est l’esprit de dévotion envers sa patrie », explique-t-il. A la regarder de plus près, elle met en scène un président Joseph Kabila dès son arrivée au pouvoir dans les années 2001, alors qu’il n’avait que 29 ans. A l’époque, l’actuel président congolais était encore Général-Major dans l’armée nationale.

« La dévotion », c’est ce que Nkanga témoigne systématiquement à Kabila. Lui qui est arrivé à la tête de cette Ligue en novembre 2016, remplaçant un certain Franis Kalombo, est aujourd’hui assis, encré même, puisqu’un sondage publié la semaine dernière lui donne largement avori à ce poste par rapport à ces autres rivaux — plus de 68 % — « Cela n’a aucune incidence. Notre parti n’est pas influencé par des sondages », clame-t-il.  Il doit cependant vivre un tournant, lui fils d’ancien cadre de la deuxième République, se retrouve aujourd’hui farouche partisan de Joseph Kabila. Lequel d’ailleurs, explique-t-il, ne devrait pas partir ci-tôt, et ce, malgré les prochaines élections.

«  Il faudra compter sur Kabila »

Si l’opposition congolaise prophétise la fin politique de Joseph Kabila à l’issue des prochaines élections, ici, comme au cœur même du pouvoir, on ne voit pas les choses ainsi. « Ce serait erreur, alors une erreur fondamentale, que de faire du président Joseph Kabila un homme du passé, un homme d’histoire, que nous devons à présent étudier dans les livres », tonne-t-il d’une voix soudaine grave. Nkanga estime le pays peut encore compter sur Joseph Kabila pour les 20 ou 30 prochaines années. « Dans 30 ans, il n’aura que 76 ans. Et c’est l’âge qu’ont plusieurs acteurs au sein de la classe politique de notre pays ; donc il faudra compter sur lui ».

Loin de la rhétorique populaire, déjà entendue auprès de plusieurs cadres au pouvoir, ce juriste de formation, également parmi les Conseillers du président Kabila, teinte un peu ses propos. Il accepte les contraintes constitutionnelles qui appellent effectivement à un départ du Président à l’issue de la prochaine présidentielle, mais il dit ne pas voir comment, en tant que leader politique, Kabila saurait « disparaître » de l’échiquier national.  « Le fait qu’il ait des empêchements constitutionnels, qui ne sont pas éternels, ne font pas de lui un acteur sur qui nous ne devrions plus compter », dit-il, avant de s’interroger sur les prochaines élections : « Comment peuvent-elles avoir lieu sans la participation du président Kabila, qui est le leader d’une grande famille politique ?». « Il est impossible, clame-t-il, d’envoyer un homme de 46 ans à la retraite ?»

L’alternance, les élections, le rêve congolais… Nkanga s’explique, défend Kabila, tout en présentant son parti et sa ligue des Jeunes comme un véritable acteur des prochaines échéances au pays. Il voit les PPRD, conformément, dit-il, à la vision de son Secrétaire permanent, Emmanuel Shadary, remporter la capitale congolaise qui lui a souvent été défavorable. « S’il y a au minimum 30 jeunes élus, nous aurions rencontré dans une certaine mesure, la volonté du renouvellement de la classe politique, exprimé par notre Leader [Joseph Kabila] … il nous faudra batailler dur, car ce ne sera pas un cadeau donné d’avance », explique-t-il.  Pour le Congo, il parle d’un pays qui a la vocation d’être une « Puissance africaine ».

Il est au micro de Litsani Choukran.

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