Révélations accablantes sur le projet du port de Banana en RDC
Alors que la République démocratique du Congo (RDC) traverse une grave crise politique et humanitaire, son gouvernement est sur le point de conclure un contrat de plusieurs centaines de millions de dollars entaché d’allégations de corruption avec Dubaï Port World (DPW), a déclaré la Plateforme de Protection des Lanceurs d’Alerte en Afrique (PPLAAF) aujourd’hui.

Approchée par plusieurs lanceurs d’alerte ayant suivi les négociations entre la RDC et DPW, PPLAAF met en ligne des documents échangés entre les négociateurs, notamment des avant-contrats, ainsi qu’une description de la structure que les parties comptent créer.

Visant à construire un port en eau profonde à Banana, le seul accès à l’Océan Atlantique de la RDC, le contrat prévoit également la création d’un groupe de sociétés susceptible de faciliter l’enrichissement personnel de certains dignitaires du régime congolais. L’ensemble des négociations serait également entaché de faits de corruption autour d’un projet qui doit s’élever à plus d’un milliard de dollars.

Selon le compte-rendu du conseil des ministres du 24 février 2018, il a été décidé que le projet soit visualisé préalablement à toute décision finale, lors du prochain conseil des ministres. C’est en raison de l’imminence de la signature du contrat que PPLAAF a décidé de publier ces documents aujourd’hui.

« Une fois encore des lanceurs d’alerte indignés par la perspective d’enrichissements personnels ont décidé de révéler les dessous des négociations entre la RDC et une multinationale pour que cessent ces malversations», a déclaré William Bourdon, président de PPLAAF. « Il est évident qu’un port en eau profonde sur la façade Atlantique pourrait bénéficier à la RDC, mais pas s’il est pensé à des fins de détournements plutôt que pour l’intérêt général ».

Une joint-venture de droit congolais doit être constituée entre DPW et la RDC pour la construction et la gestion du port. La partie congolaise ne sera pas représentée par une des administrations publiques existantes et légitimes, mais par une société inconnue dont près de la moitié pourra appartenir à une personne privée“, révèle le communiqué de PPLAAF consulté par POLITICO.CD.

De la même manière, la gestion du port sera assurée par une société créée pour l’occasion et qui appartiendra à 60% à DPW et à 40% à un « Privé RDC ». “Selon les lanceurs d’alerte, ce « Privé RDC » n’est autre que le président Joseph Kabila ou une personne de son entourage proche“, insinue l’organisme internation.

D’après les estimations de DPW, un tel montage permettrait au « Privé RDC » de gagner plus de 45,3 millions de dollars en sept ans. Comme le sous-entend une lettre envoyée par le PDG de DPW, le Sultan Ahmed Bin Sulayem, au président Joseph Kabila, il s’agissait-là d’une garantie à mettre en place par DPW avant que la RDC n’accepte d’entrer en négociation.

Aucune des parties aux négociations n’a été contactée par PPLAAF pour répondre à ces allégations, et ce afin d’éviter que des actes de représailles soient pris à l’encontre des lanceurs d’alerte ou de leurs proches. PPLAAF se tient prêt toutefois à publier les réponses que les parties lui enverront à la suite de la présente révélation.

Le régime congolais est régulièrement mis en cause par des médias et des organisations non gouvernementales pour de sérieux faits de corruption et pour la mainmise de l’entourage de Kabila sur l’économie congolaise. En juillet dernier, PPLAAF avait notamment montré comment 42 millions de dollars de la Banque centrale congolaise avaient été détournés par la société privée EGAL pour notamment permettre l’achat d’animaux sauvages au bénéfice de la Ferme Espoir, une société appartenant à Joseph Kabila.

Le 21 décembre 2017, les Etats-Unis ont ainsi adopté des sanctions contre plusieurs acteurs économiques accusés de corruption, dont Dan Gertler, un milliardaire israélien ayant amassé des centaines de millions de dollars grâce à des marchés opaques portant sur les mines et les hydrocarbures en RDC. D’autres personnes soupçonnées de corruption sont susceptibles d’être sanctionnées ces prochaines semaines.

PPLAAF est une organisation non gouvernementale sénégalaise créée en mars 2017 proposant un spectre entier de solutions pour pourvoir aux différents besoins des lanceurs d’alerte : encryptage d’un bout à l’autre de la communication, soutien juridique gratuit en conseils ou en représentation légale contre des employeurs ou autre, assistance continue pour protéger le lanceur d’alerte dans la divulgation de l’information au public, développement de législations protégeant les lanceurs d’alerte.

POLITICO.CD revient largement sur cette enquête dans les heures qui suivent.

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