Tout commence le samedi 24 février 2018 à Kinshasa. Peu après midi, un mouvement “jeunes leaders” et membres du Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie (PPRD) met sa menace en exécution en envahissant la Cathédrale Notre Dame du Congo près du centre-ville. Sur place, ces “jeunes” affirment vouloir s’interposer contre la messe qui devrait avoir lieu le lendemain, dimanche 25 février, et qui prévoyait alors une manifestation contre le président Joseph Kabila. Ils avaient déjà prévenu, dans un autre communiqué quelques jours avant, qu’ils allaient désormais s’inviter aux messages pour “s’opposer contre l’instrumentalisation de l’Eglise”.

Le geste choc dans le pays, d’autant plus que le lieu Saint cristallise les tensions entre le pouvoir de Joseph Kabila et l’Eglise catholique qui appelle désormais au départ du président congolais. Des sources affirment alors que ces “jeunes leaders” seraient payés pour déstabiliser les marches des catholiques.  Il faudra plusieurs heures aux forces de l’ordre pour les déguerpir de l’Eglise.

Tensions en interne

Pendant ce temps, la tension monte au sein même du parti. Patrick Nkanga, qui dirige la Ligue des Jeunes du PPRD, n’est pas d’accord avec ces pratiques. Officiellement, il affirme toléré la liberté de foi de ces membres, mais prend bien le soin de signifier que ces derniers ne représentent pas sa ligue.”Ce n’est pas une initiative de la ligue des jeunes PPRD. Mais des jeunes du PPRD, se disant catholiques…” a-t-il confié à une journaliste de RFI. Même son de cloche du côté d’Isabelle Ebambi Katalayi, vice-présidente de cette ligue des jeunes du parti présidentiel. “Je suis Vice-Présidente de la ligue des jeunes du PPRD chargée de l’Emploi et de la Jeunesse désoeuvrée et je ne cautionne pas du tout cet acte“, dit-elle via son compte twitter le même samedi.

En interne, cette position est dénoncée par Adam CHALWE, coordonnateur chargé du Suivi des Questions de la Jeunesse au Secrétariat général de la Majorité Présidentielle. Dans des messages sur les réseaux sociaux, consultés par POLITICO.CD, ces proches attaquent ouvertement ceux de Nkanga et Ebambi, leur reprochant “un manque de solidarité”.

La CENCO, de son côté, n’a pas aimé cette descente. Dans un communiqué,  la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) dénonce l’occupation de la Cathédrale catholique par ceux qu’elle qualifie “des jeunes délinquants”. “La CENCO dénonce également l’instrumentalisation par certains partis politiques des jeunes gens pour torpiller de l’intérieur la marche des chrétiens en y introduisant la violence. L’occupation de la cathédrale Notre Dame du Congo le samedi 24 février 2018 par des jeunes délinquants en est une triste illustration“, fustige le communiqué. 

Risque d’escalade

Dimanche, durant les marches de Catholiques à Kinshasa, la situation a même dégénéré. Des “bérets rouges”, surnoms donnés aux membres de la Ligue des Jeunes du parti au pouvoir, le PPRD, ont été systématiquement pris pour cible dans plusieurs coins de Kinshasa la capitale, où les catholiques sont descendus dans les rues pour une “marche pacifique” contre le pouvoir.

Sur une des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux (ci-dessous), on voit un homme entouré par une meute qui l’attaque, sans que ce dernier ne soit formellement identifié comme étant membre du parti présidentiel.  “Tapez-le, tuez-le”, crient des gens autour, avant qu’un homme n’intervienne.

Plusieurs cas du même type on été signalés à Kinshasa. “Tout en dénonçant la répression de la marche, soyons tolérants, beaucoup de membres du PPRD/MP ont vraiment frôlé la mort dans certains coins, battus à plate couture, d’autres constituent déjà des cibles. Un ami a failli être pris à partie le croyant du régime, condamnons ces actes“, appelle de son côté le journaliste Lwarhiba Maitre, proche de l’opposition.