Tout serait parti de la dernière marche réprimée dans le sang à Kinshasa, le 31 décembre. Félix Tshisekedi, leader du Rassemblement, se met dans une position délicate en séchant la mobilisation. Pour certains, cet homme parachuté à la tête de la principale coalition de l’opposition en République démocratique du Congo pour succéder à son père, n’a pas l’étoffe qu’il faut.

Et alors que des appels à une remise en cause du leadership au sein du Rassemblement sont des plus en plus observés, un camp voit d’un bon oeil cette tension apparente: le régime du président Kabila, habitué à affaiblir l’opposition qu’il affronte depuis près de deux ans, en débauchant ses maillons faibles.

“Rejoindre le processus électoral”

Pierre Lumbi et Félix Tshisekedi à Kinshasa

Félix Tshisekedi, a en croire une source, est logiquement dans le viseur du pouvoir. “L’hypothèse revient souvent. Ce serait une bonne opportunité pour en finir avec le Rassemblement si Félix [Tshisekedi] accepte de composer avec la majorité dans le processus actuel”, nous dit-il. “C’est une option non négligeable”, reconnaît un autre.

En somme, le fils d’Étienne Tshisekedi forme une coalition avec l’opposant Moïse Katumbi. A eux deux, ils incarnent, avec un cercle réduit de l’opposition, les maillons durs de la lutte contre Kabila. “Les incorruptibles”, lance même un député de l’opposition, qui met en garde.

Félix Tshilombo est né dans le combat. C’est le fils de son père [Étienne Tshisekedi], il n’est pas impressionné par le pouvoir. Son alliance avec tous les membres de l’opposition au sein du Rassemblement est formée autour d’un seul objectif commun qui est de faire partir Kabila, comment peut-il encore s’allier avec lui?” interroge-t-il.

“Ce sera sa mort politique s’il effectue ce virage”, prévient Litsani Choukran, éditorialiste à POLITICO.CD.  “Etre un fils à Tshisekedi c’est non seulement le poids d’une grande icône qu’il faut transporter, mais aussi et surtout un engagement qui doit rester exemplaire. Il est presque condamné naturellement avant même de faire quoi que ce soit, à militer au sein d’une opposition forte et sincère“.

“Il ne nous intéresse pas”, rétorque sèchement un responsable de la majorité joint au téléphone. “Nous ne courtisons personne. Seuls ceux qui sont épris du sens patriotique finissent par rejoindre le processus électoral que tout le monde soutient à présentt”, dit-il sous le sceau de l’anonymat.

Réformer le Rassemblement, avec les autres forces

S’allier à Kabila n’est donc pas une option du côté de l’héritier de Tshisekedi. Cependant, remettre les choses à plat au sein de cette coalition l’expose à des tensions susceptibles d’avoir raison de son union.

Du côté de Moïse Katumbi, on tente de rassurer. “Personne n’est dupe, nous ne faciliteront pas la tâche à la Kabilie, rien n’est plus important que l’unité des forces de l’opposition pour obtenir le départ de Monsieur Kabila“, explique un proche.

Le Rassemblement doit cependant être repensé, tout comme l’engagement de l’opposition. M. Tshisekedi et M. Katumbi ont fait un communiqué pour réaffirmer leur cohésion la semaine dernière, tout en réitérant leur volonté de s’ouvrir d’autres “frères” de l’opposition.

Vital Kamerhe, tout comme Jean-Pierre Bemba, qui constituent une part non négligeable des forces de l’opposition, ont également montré des signaux positif à une large coalition. Reste à savoir trouver une formulation, alors que les coalitions politiques ont toutes échoué face au régime de Kinshasa.