Ami personnel du président Joseph Kabila, architecte du système financier du régime de Kinshasa, Dan Gerlter vient d’être sanctionné par les Etats-Unis. La décision, prise par Département du Trésor américain, sonne comme un vrai camouflet pour Kinshasa, alors que c’est le président Donald Trump qui a signé lui-même cette décision le 20 décembre, décidant de bloquer “les propriétés de personnes impliquées dans de graves violations des droits de l’homme et de la corruption“.

Gertler, le coeur du système Kabila

En République démocratique du Congo, Dan Gertler, dont la fortune est estimée à 1,26 milliard de dollars par le magazine Forbes en 2015, est la clé du système financier du président Joseph Kabila.  Petit-fils d’un diamantaire, il a débarqué en 1997, à l’âge de 23 ans, à Kinshasa, capitale d’un pays alors en guerre et dirigé pour quelques mois encore par Mobutu Sese Seko.

A l’époque, le chef rebelle Laurent Désiré Kabila a besoin d’argent et d’armes pour lancer l’assaut sur la capitale. Le jeune Israélien lorgne les gisements de diamants de l’est du pays. Les deux hommes s’entendent. « Dan » lève 20 millions de dollars pour financer la rébellion. En échange, il obtient de Laurent Désiré Kabila, devenu président, un quasi-monopole sur les diamants.

A la mort du « Vieux », assassiné au janvier 2001 par l’un de ses gardes, c’est son fils, Joseph Kabila, alors âgé de 30 ans, qui prend le pouvoir. Dan Gertler courtise le jeune président qu’il a croisé sur la ligne de front au Katanga lors de la seconde guerre en RDC (1998-2003). L’homme d’affaire israélien devient son émissaire spécial avec mission de lui négocier le soutien des Etats-Unis. Il lui aurait aussi mis à disposition son jet privé.

“Attaquer Gertler, c’est attaquer le Congo”

De fait, leur amitié semble perdurer au-delà de la rupture brutale du monopole sur le diamant cette année 2001. Dan Gertler est même invité au mariage de Joseph Kabila cinq ans plus tard. Il se rapproche surtout du plus proche conseiller du président : Augustin Katumba Mwanke. L’homme a la haute main sur la gestion des matières première congolaise. Au début des années 2000, c’est lui qui remet à Dan Gertler les clés du coffre de la RDC.

Aux côtés de Kabila, l’homme d’affaires israélien est alors associé tour à tour à des scandales financiers, l’accusant d’être le principal bénéficiaire des richesses de la RDC, tout en aidant Joseph Kabila à organiser ses combines financières.

En novembre dernier, des journalistes du Consortium international des journalistes d’investigation (Icij) ont publié un dossier intitulé: The Broken Heart of Africa”, le coeur brisé de l’Afrique, déballant un vaste réseau mis en place par l’israélien autour des minerais congolais tant à son profit qu’à celui du président congolais et ses proches.

Kinshasa n’hésite pas à défendre son homme. “Pour nous, une attaque contre lui [M. Gerlter] est une attaque contre le Congo,” a déclaré Barnabé Kikaya Bin Karubi, principal conseiller diplomatique du président Joseph Kabila, dans une interview diffusée sur Bloomberg.com en octobre dernier. “Les entreprises de Gertler sont légitimes. Il paie ses impôts, ce qui est une bonne contribution à notre gouvernement en termes financiers “, explique M. Kikaya.