2017: l’année blanche de Kabila

Décembre 2016, Joseph Kabila, après 15 ans au pouvoir, est dos au mur — sans doute une habitude pour le leader du Congo —, contesté tant dans les rues meurtries de Kinshasa, que dans les capitales occidentales, réclamant son départ. Il entame alors une martingale politique pour échapper à la sentence populaire proclamée dès le 20  décembre par l’opposition.

Grâce aux catholiques de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), le leader de la majorité obtient une prolongation symbolique d’un an, à l’issue d’interminables discussions du Centre interdiocésain, qui légitime ainsi son pouvoir.

Maître de la situation

Cependant, dès janvier 2017, Joseph Kabila poursuit sa lutte contre le temps. Le sablier déclenché par l’accord n’étant pas de longue durée, prévoyant son départ dès décembre. Le Président va se révéler, comme en 2016, être un vrai matois, à émoustiller le florentin Nicolas Machiavel.

Entre des filiformes calculs politiciens autour de la lente et inévitable mort de son principal opposant, Étienne Tshisekedi, Kabila-fils anticipe en organisant un véritable mercato au sein de l’opposition, la dépouillant tantôt de ses cadres, où ridiculisant d’autres. En Avril, seul maître à bord, Joseph Kabila maraude sur la crise, et enfonce les héritiers de Tshisekedi, en les prenant dans leur propre piège autour de la dépouille du patriarche, tout en prenant le soin de consacrer leur Judas: Bruno Tshibala.

Cependant, « le temps est l’autre nom de Dieu », disaient des sages. Quoi qu’il fasse, le frère de Zoe Kabila est condamné. D’autant plus que l’occident, faiseur de rois en Afrique, ne décolère pas. La seule réussite du président congolais aura été celle d’affaiblir les opposants, tout en gagnant la non organisation des élections l’an 2017. La multiplication des crises, des attaques en plein jour sur Kinshasa, la région du Kasaï qui s’embrase… ont tant aidé à la cause du président congolais que joué contre son avenir à long terme.

De l’autre côté, les scandales financiers se succèdent. Détournement, corruption ou encore cachettes offshores sont mis en lumière. La tension remonte soudainement sur le président congolais au milieu de l’année. Ses proches sont de plus en plus sanctionnés.

Retour à la case de départ

En effet, marqué à l’italienne par un activisme harassant des opposants comme Moïse Katumbi, qui militent bec et billets verts dans l’occident, ou encore les Sindika Dokolo debout, et les Martin Fayulu infatigables, Kabila voit les Etats-Unis lui porter secours, avec certes un cadeau empoisonné.

En octobre, Nikki Haley et son visage d’homme fort font surface à Kinshasa. L’ambassadrice américaine dégoute d’abord les opposants, en consacrant un énième glissement, tout en apportant une date de péremption à Kabila: 2018. La CENI obtempère, elle annonce les élections le 23 décembre.

A Kinshasa justement, personne ne croit vraiment à la tenue de ses élections. Y croire, ça serait ne pas reconnaître l’artiste Kabila dans ses qualités de Maître de contre-pieds.  Néanmoins, c’est sans doute rappeler la même situation en 2016, à cette époque de l’année, où l’avenir tant du Président que celui du pays restait sombre et incertain. S’il a écrasé ses opposants, Joseph Kabila s’offre d’une année blanche et nulle, et devrait sans doute combattre pour  survivre en 2018.

Litsani Choukran,
Le Fondé.

— QUELQUES SO POLITICO SUR LE PRÉSIDENT KABILA CETTE ANNÉE

 

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