C‘est une véritable épopée que retrace les journalistes du Consortium international des journalistes d’investigation (Icij) dans ce dossier publié notamment par le média allemand Süddeutsche Zeitung. The Broken Heart of Africa”, le coeur brisé de l’Afrique, revient amplement sur la genèse et la domination suprême de l’homme d’affaires Dan Gertler sur les mines congolaises, et ses relations amicales privilégiées avec président Joseph Kabila.

À la fin des années 2000, expliquent nos confrères, les relations devenaient difficile entre Katanga Mining, une société minière dont Glencore et Dan Gertler étaient actionnaires, et la Gécamines, dont les demandes à répétition en matière de gouvernance étaient jugées « inacceptables » par Katanga Mining.

« Dan Gertler, qui a des intérêts indirects substantiels dans l’entreprise, doit se voir accorder un mandat du conseil d’administration pour négocier directement avec les autorités congolaises », a ainsi conclu le conseil d’administration de Glencore lors d’un déjeuner d’affaires en juin 2008, à l’hôtel Hilton de l’aéroport de Zurich. Quelques mois après, début 2009, Glencore a accordé un prêt de 45 millions de dollars (39 millions d’euros) sur deux ans à une entreprise contrôlée par Dan Gertler, Lora Enterprises.

Selon les termes de cet accord de prêt, explique de son côté Jeune Afrique Business, qui a également traduit cette enquête des journalistes de l’Icij, Glencore pourra exiger son remboursement immédiat si les discussions avec le gouvernement autour de Katanga n’aboutissent pas en quelques mois. « Ce prêt a bien été remboursé dans le délai prévu (en 2010, ndlr) et ni Lora Enterprises, ni M. Gertler ni aucune entreprise qui leur sont liées n’ont directement bénéficié de ces fonds », ont répondu à l’Icij les avocats de l’homme d’affaires, précisant que cette pratique consistant à revenir sur un prêt en cas d’échec d’une joint-venture « n’est pas inhabituelle » dans le secteur des transactions minières en Afrique.

L’Etat renonce étrangement à 440 millions de USD de prime

Quelques semaines après la conclusion de cet accord, les difficultés de Katanga en RDC se sont aplanies, l’État acceptant même de faire baisser considérablement sa prime à la signature, de 580 à 140 millions de dollars, soit un quart des paiements moyens demandés aux autres compagnies minières, a déclaré à l’Icij Elisabeth Caesens, une experte des contrats miniers en RDC.

De son côté,  Glencore, qui a publié sur son site internet un communiqué, cette nouvelle somme est correcte et a été décidée avant l’intervention de Gertler. L’entreprise assure en outre être en règle avec les lois et les obligations financières édictées dans les pays où elle opère. Elle affirme également avoir relocalisé récemment toutes ses filiales des Bermudes, sauf trois, en Suisse, où se trouve son siège social.

En février dernier, la compagnie minière Glencore a finalisé l’acquisition de parts de participation dans deux mines en République démocratique du Congo (RDC), appartenant au magnat israélien Dan Gertler. Une opération qui s’est chiffrée à 962 millions de dollars et qui offre à la multinationale un contrôle total de la mine de cobalt de Mutanda et une majorité confortable de 86% du tour de table de la mine de cuivre du Katanga.

Cette opération, renseigne The Financial Times, décidée par Ivan Glasenberg, le directeur général de Glencore, met en évidence la volonté du géant suisse de se séparer de Dan Gertler, plusieurs fois accusé de corruption et de profiter de ses relations avec le président Kabila.

Selon un banquier cité par FT.com,  Glencore affirme que les enjeux dans les deux mines de cuivre rachetées à M. Gertler sont défensifs. « L’achat des parts de Dan Gertler est une manoeuvre de désintoxication initiée pour Glencore (…) Glencore ne veut pas avoir de lien avec lui, à cause de l’enquête Och-Ziff aux États-Unis», explique-t-il.

En effet, un accord a été signé l’année dernière entre le gestionnaire de fonds de couverture Och-Ziff Capital Management Group LLC et le département de la Justice américain. Les responsables de gestionnaire d’actif ont ainsi reconnu avoir participé à la corruption de fonctionnaires congolais. Och-Ziff a de la sorte versé plus de 100 millions de dollars de pots-de-vin rien qu’en RDC, et ce, pendant une décennie. Des versements qui auraient été effectué par le magnat israélien.

Proche du président Kabila

Dan Gertler a bâti sa fortune, estimée à 1,26 milliard de dollars par le magazine Forbes en 2015, sur un coup de poker. Petit-fils d’un diamantaire, il a débarqué en 1997, à l’âge de 23 ans, à Kinshasa, capitale d’un pays alors en guerre et dirigé pour quelques mois encore par Mobutu Sese Seko. Le chef rebelle Laurent Désiré Kabila a besoin d’argent et d’armes pourlancer l’assaut sur la capitale. Le jeune Israélien lorgne les gisements de diamants de l’est du pays. Les deux hommes s’entendent. « Dan » lève 20 millions de dollars pour financer la rébellion. En échange, il obtient de Laurent Désiré Kabila, devenu président, un quasi-monopole sur les diamants.

A la mort du « Vieux », assassiné au janvier 2001 par l’un de ses gardes, c’est son fils, Joseph Kabila, alors âgé de 30 ans, qui prend le pouvoir. Dan Gertler courtise le jeune président qu’il a croisé sur la ligne de front au Katanga lors de la seconde guerre en RDC (1998-2003). L’homme d’affaire israélien devient son émissaire spécial avec mission de lui négocier le soutien des Etats-Unis. Il lui aurait aussi mis à disposition son jet privé.

De fait, leur amitié semble perdurer au-delà de la rupture brutale du monopole sur le diamant cette année 2001. Dan Gertler est même invité au mariage de Joseph Kabila cinq ans plus tard. Il se rapproche surtout du plus proche conseiller du président : Augustin Katumba Mwanke. L’homme a la haute main sur la gestion des matières première congolaise. Au début des années 2000, c’est lui qui remet à Dan Gertler les clés du coffre de la RDC.