La vidéo de deux minutes a été diffusée sur plusieurs sites sécurisés et à travers les applications de messageries jihadistes. On y voit un homme tenant une mitrailleuse en mains, s’exprimant en arabe. Il est entouré par ceux qui semblent être de miliciens. Ils se revendiquent du groupe Madinat Tawhid wa-l-Muwahidin (MTM, la ville du monothéisme et des monothéistes), appelant “les musulmans à travers le monde à venir au Congo pour y effectuer une “hijrah” [Hégire].

C’est en effet la toute première fois de voir des combattants étrangers et arabes dans l’Est de la République démocratique du Congo. Des sources concordantes, il est très probable que cette vidéo mette en scène des combats dans la région de Beni, où les autorités congolaises y affrontent la rébellion musulmane des ADF.

En effet, la ville de Beni, dans le Nord-Kivu, a été encore secouée  la semaine dernière par de nouveaux affrontements à l’arme lourde entre l’armée congolaise et des miliciens. La région a été ravagée par des massacres qui ont fait des milliers de morts. Alors que le gouvernement congolais a souvent évoqué la présence d’un groupe terroriste international, beaucoup ont accusé Kinshasa de mensonge.

Toutefois, dans une interview au magazine Geopolis sur France Info, le journaliste congolais Nicaise Kibel’bel, qui  y a mené une enquête, annonce un califat est en gestation dans cette province. Il règne dans ces contrées une barbarie exercée au nom de la charia, explique Nicaise Kibel’bel à Géopolis Afrique.

Le Kivu, ventre mou de la région des Grands lacs

Le journaliste d’investigation congolais connaît bien le Nord-Kivu, où les islamistes ont élu domicile. Ils recrutent à tour de bras des jeunes au sein d’une population effrayée et abandonnée à elle-même face à une véritable entreprise criminelle, dénonce notre confrère.

«Cette entreprise a commencé par une campagne de séduction. Elle s’est d’abord installée dans la grande forêt du parc national des Virunga, dans la grande forêt du Mont Ruwenzori. Elle a pris contact avec les populations locales. Elle a épousé des Congolaises. Elle a organisé un petit commerce avec des jeunes gens. Elle a tissé des liens presque indéboulonnables avec la population avant qu’elle ne commence à poser ses actes

L’installation des islamistes a été facilitée par le chaos qui règne dans cette région de l’est de la RDC. C’est le ventre mou de la région des Grands lacs africains qui regroupe autour de la RDC, l’Ouganda, le Rwanda, le Burundi, la Tanzanie et le Kenya, constate Nicaise Kibel’bel qui tire la sonnette d’alarme dans un livre publié aux éditions Scribes intitulé L’avènement du Djihad en RD-Congo, un terrorisme islamiste ADF mal connu.

«Moi je ne parle pas au conditionnel. Je parle au présent. Le terrorisme islamique fait déjà rage. Dans mon livre, nous donnons des témoignages des rescapés, des otages, des enfants, des femmes violées, des crânes fracassés.».

Des horreurs commises par des fanatiques musulmans issus de la secte pakistanaise Tabliq qui s’est installée d’abord en Tanzanie dans les années 1920. Comme l’indique l’auteur du livre, ils ont ensuite frappé en Ouganda à partir des années 1990 avant de se réfugier dans les montages du Ruwenzori, à l’est de la RDC, à partir de 1995.

«Effectivement, le terrorisme islamiste s’est installé dans le Kivu, notamment à Béni au Nord-Kivu par trois entrées. Vous avez Uvira qui est au Sud-Kivu à la frontière avec la Tanzanie; Béni, à la frontière avec l’Ouganda et l’Ituri au nord-est de la RDC. Ils ont bénéficié de la porosité des frontières et ont trouvé un terrain où les paysages leur sont favorables. Avec la forêt et ses ravins, avec ses falaises, ses grottes et tout ce que la nature peut donner dans la forêt impénétrable du Parc des Virunga. C’est là qu’ils ont installé leur base qu’ils appellent Medina.»

Un journaliste anglophone a confirmé à POLITICO.CD l’authenticité de la vidéo diffusée ci-haut. Pour lui, le groupe MTM est bel et bien affilié aux miliciens de l’Allied Democratic Forces (ADF). “Ils sont associés aux ADF depuis plusieurs années maintenant. Ils partagent même des camps [Makayoba camp 3], des mosquées, des hôpitaux...” explique-t-il.