Au commencement, un rêve d’autonomie. Nous désirions simplement être libres, sans jamais savoir ce que ce sombre mot, venu tout droit de l’occident dans les années 1960, voulait réellement dire. Et lorsque la Belgique décide d’orchestrer une comédie appelée “indépendance”, un homme s’auto-choisi : Joseph Mobutu, le moins pire d’entre eux tous. Un homme qui traînait par-ci et par là, dans le dos de Patrice Lumumba, qui lui-même n’était aussi brillant, à en croire les Belges et Moïse Tshombe.

Trente-deux-ans après, de l’Est du pays, d’une âme occidentale et d’un corps rwandais, surgi un autre moins pire : l’AFDL. Broyés par un régime sanguinaire et dictatorial, nous n’avions que hâte d’en finir avec Mobutu. Le pire, le gouffre. On ne pouvait pas descendre plus bas. Oui, “plus pire que Mobutu” n’existait alors pas. Du coup, un vieux maquisard à la tête d’une rébellion qu’il n’aura jamais dirigé, dénué de toute réalité et de vision étatique, pouvait devenir un héros national. Avançons, que Mobutu parte d’abord, on méditera après.

En l’espace de trois ans, Mobutu est congédié en enfer, on y met terme à sa monarchie et livra les clés au fils de notre libérateur. Tout un pays, toute une nation arrête ainsi de réfléchir. Se repose. Nous étions enfin libres. Si libres que, le jour de prestation de serment de notre jeune et nouveau Président, personne ne se rendra compte que ce dernier est alors intronisé dans un pays gardé par des troupes étrangères.

Un général-Major à la tête du pays. Il devient civil-Président, puis Raïs ! Démocrate, dictateur ou pas, selon que l’on soit ou ne soit plus avec lui.  Dans une succession non sans rappeler la naissance et l’apogée du Mobutisme. En seize ans de règne, le nouveau Raïs réveille son peuple sommeillant. A coup de répressions et électrochocs qui mettent lumière à une vérité inouïe: pire que Mobutu existait en fait, ou pas.

Le rire est le premier pas vers la libération. On commence par rire. On rit donc on se libère. On se libère donc on peut combattre“, disait un homme sage. Alors on va rire. Vuemba, député congolais, Katumbiste, pose devant la tombe de Mobutu au Maroc et nous renseigne que Joseph Kabila doit à présent partir. Pire que le président congolais n’existe pas. Mobutu, semble-t-il, n’aura jamais atteint ce niveau. Comme lui, toute une nation reprend à l’unisson le refrain.

Un ventre étourdi n’a point d’oreille. Un peuple opprimé non plus. On ne voit pas plus loin que sa soif de liberté. Sans toujours savoir ce que « être réellement libre » voulait dire. Est-ce changer de maître? S’affranchir du pire pour le moins mauvais qui le deviendra?

La recherche du moins pire, du moins mauvais. Aujourd’hui le peuple doit choisir, une fois de plus, entre moins pires.  Laurent-Désiré Kabila que le Rwanda est allé extirper de son trafic d’or pour congoliser son agression,  a servi de  modèle pour la liberté, tout comme Mobutu Sese Seko, que tous sanctifions ce jour, oubliant que l’homme gambade des mains rouges du sang du héros de notre indépendance. Ainsi, Étienne Tshisekedi, qui aurait pu entrer dans l’ordre des héros nationaux comme un certain John Numbi,  est l’un des trois hommes qui signa l’acte de création du Mouvement Populaire de Révolution (MPR).

Dès lors, le choix devient moins compliqué. D’un côté, le fils de Tshisekedi, Félix-Antoine du même nom. Un homme qui aura eu le culot de conditionner les funérailles de son paternel à sa nomination à la Primature, est tout aussi un moins pire. Il y a Moïse Katumbi. Un homme qui a vendu Kabila aux Katangais pendant presqu’une décennie, tout en faisant fortune, et qui prétend aujourd’hui que le régime a toujours été dictatorial, est un moins pire! A ses côtés, Sindika Dokolo, marié à la fille d’un dictateur qui spolie son peuple, l’est aussi; tout en laissant croire que cette proximité avec le pouvoir ne devrait être nuisible qu’au Congo. Pendant ce temps, certains diront qu’il y a tout aussi Vital Kamerhe, avant que Joseph Olenghankoy ne vienne affirmer qu’il est l’héritier légitime d’Étienne Tshisekedi.

Certes, Kabila doit partir, il n’est plus un moins pire. On ne l’est pas en s’enrichissant dans le dos du peuple, en transformant tout un pays en un système politico-militaire qui ne se bat que pour la survie d’un homme et de son pouvoir. Non. On n’est pas moins pire en fermant les yeux sur la mort de milliers de congolais.

Voyez-vous, ce peuple n’est pas si compliqué. On ne demande pas la lune à nos dirigeants. On octroie la permission de retourner sa veste. Olivier Kamitatu sait de quoi je parle. Le Congo ne demande pas un ange à sa tête. Un homme qui a trempé dans l’opprobre et qui choisit de se reconvertir lui suffit. Même Joseph Kabila, s’il avait alors annoncé son départ l’année dernière, s’il avait organisé les élections en novembre 2016, il serait, comme l’a soutenu Moïse Katumbi, bon président, notre héros. La République du moins pire: c’est nous.

Litsani Choukran,
Le Fondé.