Le monde entier connaît Survio Berlusconi, autrefois surnommé “Il Cavaliere”. Homme politique controversé et homme d’affaires italien sulfureux. Sans avoir les deux derniers qualificatifs, le richissime homme d’affaires congolais  Moïse Katumbi arpente un chemin qui coïncide étrangement à celui de l’italien: la fin justifie les moyens.

Loin de ses origines italiennes – son père, Nissim Soriano, un juif originaire de l’île grecque de Rhodes, s’y est réfugié dans l’entre-deux-guerres pour fuir l’Italie fasciste de Benito Mussolini – Katumbi tire les traits du parcours de Berlusconi ailleurs. D’abord une passion pour le football. Où il a bâti son “Milan AC” d’Afrique, le TP Mazembe, pour en faire l’un des clubs phares du continent noir.

En suite, la richesse. Oui, l’homme est riche.  Très riche même. Des ses affaires  prospèrent en Zambie et en Afrique du Sud  dans les années 1997, à son exile, accusé par Laurent-Désiré Kabila de soutenir, avec son frère Raphaël Katebe, les rebelles du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD),  Katumbi a su adroitement revenir au pays, aidé par un certain Augustin ­Katumba Mwanke, pour devenir un précieux allié du président Joseph Kabila.

Débute alors une longue amitié. Pendant plus de dix ans, Katumbi dirige la plus riche province de la République démocratique du Congo. Le cuivre, principale richesse du pays et du Katanga, est au plus haut niveau de l’histoire. Notre gouverneur se construit alors un empire. Il gère la province, tout en ayant des activités commerciales dans les mines. Aucune loi n’interdit alors cette combinaison dangereuse au pays.

Les affaires étaient si bonnes que le Gouverneur a vendu en 2007 Anvil Mining,  de la mine de Kinsevere qui aurait appartenu à la Gécamines, acquise pour un million de dollars, à plus de soixante. Aucune accusation n’aboutira à quoi que ce soit.

“Tu seras mon dauphin”

Par ailleurs, contrairement à un pouvoir pingre, Moïse Katumbi se construit tout aussi une popularité. Il redistribue “un peu” ses bénéfices. Ils aident les riverains. Se fait accompagner par des foules. Aidé par le TP Mazembe, il trône, si haut, sur Lumumbashi. Et puis, la province devient de plus en plus petite. L’homme veut plus. Ca tombe bien, Kabila est à la recherche d’un dauphin.

AKM [Austin Katumba Mwanke] a beaucoup pesé dans la relation entre Kabila et Moïse [Katumbi]. A sa mort, le Président s’est rapproché de Katumbi, qui l’a beaucoup aidé à contrôler les finances et les deals dans le Katanga“, confie un proche de Moïse Katumbi, qui a requis l’anonymat.

Nous sommes alors en 2013, raconte notre source, un proche de l’ancien gouverneur. Le président Kabila sort des chaotiques élections en 2011, et ne peut plus se permettre de briguer un troisième mandat.

Je me souviens bien de la situation. A l’époque, le Président et Moïse étaient comme des frères. C’est de lui-même qu’est venue l’idée.  Moïse n’en voulait pas. Il ne voulait plus faire de la politique. Il voulait se concentrer sur les affaires et mieux organiser Mazembe“, raconte ce député congolais.

Mais de quoi parle-t-on? Notre narrateur affirme sans broncher que le président avait alors proposé à Katumbi d’être son “dauphin”. Une sorte de Medvedev. Qui chaufferait le siège présidentiel pendant un mandat et rendrait le bien à son propriétaire au suivant. “Je ne sais pas quand exactement mais, Moïse nous a certifié que le deal était fait.

Des événements viennent ensuite tout gâcher. D’abord, Katumbi tombe gravement malade. En réalité, il a été empoisonné à l’arsenic vers 2011. Il doit alors quitter le pays pendant un moment pour se faire soigner à Londres. Pendant deux mois, en 2014, il sera invisible sur la scène nationale. Les choses auraient alors changé.

Beaucoup ont clairement fait comme s’il ne reviendrait plus au pays. Cette attitude nous a interpellé. On s’est alors  rendu compte d’où venait son empoisonnement“, ajoute le député.

Soudain. Tout change. Le 23 décembre 2014, en plein Lubumbashi, devant une marrée humaine, Moïse Katumbi change de ton contre son allié de tous les jours: Joseph Kabila. “Nos léopards jouent en coupe d’Afrique. L’arbitre siffle contre eux un premier penalty discutable, le capitaine calme les joueurs. L’arbitre siffle un deuxième penalty tout aussi discutable. Le capitaine calme  de nouveau les joueurs. L’arbitre siffle un troisième penalty tout aussi discutable, que va-t-il se passer?” lance-t-il en swahili au public. A ce dernier de répondre: “Nous allons envahir le terrain”.

Alliance entre “dupés”

Le monde retiendra que c’est ainsi que l’une de plus longues complicités politiques a pris fin en République démocratique du Congo. Au pays, Joseph Kabila, a tout aussi fait de mécontents. A coup de promesses non-tenues.

Il a habitude de promettre à tout le monde la même chose et la donner à quelqu’un d’autre après“, ajoute le proche de Katumbi.

Parmi les “dupés”, un certain Gabriel Kyungu. Gardien du temple de la politique au Katanga, qui vit tout aussi mal le morcèlement de sa province chérie. En fait, pour contrôler “l’après Katumbi”, le pouvoir décide soudainement d’appliquer le démembrement de provinces prévu depuis 2006 par  la Constitution. la Tanganyika, le Haut-Lomami, la Lualaba et le Haut-Katanga voient le jour dans ce espace jadis dominé par les Kyungu et les Katumbi, mais également fief du président Kabila.

Outre le “Baba”, comme on le surnomme, Kabila crée aussi d’autres mécontents. Pierre Lumbi, qui lui était si proche qu’il le conseillait en matière de Sécurité. On ne saurait jamais sa colère à lui. Il y a aussi Charles Mwando, un Dinosaure de la politique congolaise. Ministre depuis 1963. Tous issus du Katanga. Ils seront rejoint par Olivier Kamitatu. Ancien président de l’Assemblée nationale, qui a le mérite d’avoir fait le tour de tous les États majors politiques au pays. Le député Christophe Lutundula, Dany Banza, ou encore José Endundo complètent la marche. C’est le groupe de sept. Sept partis qui claqueront, comme un coup de marteau de Thor, dieu nordique du tonnerre, la porte de la Majorité Présidentielle.

Alors, évidemment, il n’y a pas que la colère anti-Kabila qui les animent. Non. Il y’a tout aussi la gronde populaire. Qui veut que le Président, arrivé en fin mandat, puisse passer le flambeau. Le G7, derrière Katumbi, trouve là, un bon “créneau”. Il Cavaliere et ses poulains allaient à présent se lancer dans la bataille contre Kabila. Un système qui les a certes fait.

Joseph lui, habitué à manœuvrer, vivra cette expérience comme un affront. Jamais, durant son mandat, depuis 2001, une telle fissure n’a lieu au sein même du Palais.

L’ambiance était étrange. Le Président était personnellement atteint. Surtout au sujet de Pierre Lumbi. Mais il n’a jamais laissé sortir cela en public“, commente un cadre de la Majorité.

Le décor était planté. Il fallait à présent écraser cette nouvelle rébellion et passer le message “aux autres”. Ainsi commença, en octobre 2015, lorsque Katumbi annonce sa démission officielle du PPRD, la guerre entre les deux camps. Un épisode à lire plus tard sur Politico.cd.