Deux experts de l’ONU, l’Américain Michael Sharp et la Suédoise Zaida Catalan, ont été enlevés puis tués au mois mars au centre de la République démocratique du Congo,  alors qu’ils enquêtaient dans les Kasaï. Les autorités congolaises ont confié l’enquête à la justice militaire, alors que plus en plus d’éléments incohérents mettent en cause l’armée.

D’après site internet Agencedinformation.com, l’experte des Nations unies Zaida Catalan a été reçue au siège de la 21e région militaire à Kananga, le 11 mars dernier,  par le commandant de cette dernière, le général Emmanuel Lombe Bangwanga. Ensemble, ils auraient convenu de l’itinéraire à suivre pour atteindre les villages où la jeune femme suédoise avec son coéquipier, l’américain, accompagnés par un guide congolais et trois chauffeurs de mobylette, auraient dû se rendre pour mener des investigations sur des charniers remplis d’opposants appartenant au mouvement Kamuina Nsapu.

C’est suite aux indications de ce haut gradé, que le lendemain, le convoi a emprunté une piste située dans une zone sous contrôle de l’armée régulière (FARDC)”, renseignent nos confrères.

La communauté internationale gronde

Cette information dément formellement les déclarations du porte parole du gouvernement Lambert Mende qui, après la disparition des experts, disait regretter que ces derniers n’aient pas mis au courant les autorités de leurs déplacements. Restituée au correspondant de L’Agence d’information au Kasaï par une source sécuritaire proche des renseignements de l’armée, elle est également corroborée par d’autres témoignages“, affirme le site internet spécialisé dans les analyses.

L’Organisation des Nations-Unies a confirmé la mort de ses enquêteurs enlevés le 12 mars, quelques heures après la découvertes, le 29 mars, de leurs corps sans vie et celui de leur interprète congolais.  Dans sa longue analyse, à lire ici, l’agence dirigée par Michel Sitbon fait des parallélismes qui mettent en cause les forces de sécurités, ainsi que ceux des renseignements dans cet assassinat. Du côté des autorités, on n’a pas souhaité réagir à cette “rumeur”.

Le gouvernement a présenté à la presse le 24 avril dernier, une vidéo supposée de l’assassinat de ces deux experts. Pour autant, les Nations unies ont critiqué la décision des autorités congolaises de présenter cette vidéo. L’ONU affirme que ce choix pourrait gêner l’enquête. Depuis une vive polémique fait rage à ce sujet

L’auditeur militaire des forces armées de la RDC (FARDC) affirme que les investigations sont en cours et que plusieurs personnes ont été arrêtées, au moins cinq selon nos informations, sans qu’on ne connaisse leur degré d’implication dans le double meurtre.

Selon la RFI, l’ONU a mis sur pied sa propre commission d’enquête le 1er mai dernier, destinée non seulement à vérifier si les procédures internes ont été respectées, mais surtout à établir les responsabilités du crime, explique-t-on à New York. Ensuite, toujours selon la radio française, un rapport dont les conclusions seront rendues publiques sera remis au secrétaire général, d’ici trois mois.

Du côté des Etats-Unis, le Département d’Etat indique « continuer à travailler avec les Nations unies pour s’assurer que des investigations crédibles et rigoureuses soient menées sur les récentes violences dans les Kasaï, y compris l’assassinat des deux experts, pour que les responsables de ces actes haineux soient traduits en justice ». La chancellerie américaine indique également que Washington fournit « aux partenaires locaux » une assistance dans l’enquête.