Sextape: entre victimes condamnables et condamnations sélectives

La nuit du 11 au 12 février 2017 restera comme celle ayant enclenché la frénétique course aux « sextapes » que nous découvrons finalement tous ce jour. Vers 20h, ce samedi-là, plusieurs photos et vidéos sont envoyées à la rédaction de POLITICO.CD. Il s’agirait, d’après la source, des ébats sexuels extra-conjugaux du député  congolais et ancien ministre de l’Industrie, Germain Kambinga. Fidèle à notre ligne éditoriale, nous avons ainsi décidé de ne pas traiter le sujet, d’autant plus que ces photos ne prouvaient guère ce qui a été avancé. De plus, POLITICO.CD ne peut en aucun cas traiter de ce qui touche à la vie privée.

Mais, voilà. Dès le lendemain, une véritable escalade est enclenchée sur les réseaux sociaux. Certains n’ont pas hésité à fustiger le présumé concerné. Sans vérification aucune, Germain Kambinga est ainsi vilipendé. Peu importe les deux articles de POLITICO.CD qui interviendront plus tard et où le député Germain Kambinga y démentira son implication. Le mal fait. Pire, l’homme est proche du pouvoir. Et donc, pas de pitié. Vint ensuite la succession de la vague, une chroniqueuse d’émissions télévisées et une autre présumée journaliste seront étalées sur la place publique, ou mieux sur les réseaux sociaux. Dans un pays qui fut un jour qualifié de « capitale mondiale du viol », la femme est, une fois de plus atteinte dans toute sa dignité. Mais, étrangement, aucune réaction, ni regret et encore moins dénonciations s’en sont suivis. Tous, semble-t-il, étions trop occupés à s’échanger ces vidéos devenues depuis virales.

Et vint, finalement, le point culminant : Soraya Aziz Souleymane, une des figures emblématiques des mouvements citoyens qui luttent pour la démocratie en République démocratique du Congo est à son tour victime de ce qui peut être désormais qualifié de “l’épidémie de sextapes”.  Je ne vais fort heureusement pas vous expliquer ce qu’on y voit de cette généreuse femme dont le noble activisme rend tant service au pays.

Mais, voilà, comme souvent lorsque “l’opposition” est frappée, la main du pouvoir n’est pas si loin. Et donc Mme Aziz serait-elle victime “des services”. Tentant de la bloquer dans son farouche combat. Eux qui mettent intelligence et moyens au profit de la dictature. Et comme bien souvent lorsque l’on y mêle le nom du Pouvoir congolais dans une affaire, les condamnations n’ont pas tardé. Des soutiens, mais aussi des insultes à l’endroit de la vraie concernée. Contrairement à Kambinga, notre opposante mérite la pitié, sa cause est juste.

Malheureusement, la sincérité qui est nôtre, nous pousse à réfléchir sur tout ce qui nous arrive. A avoir le bon jugement. Il n’y a donc aucun crime à faire des vidéos tout nu et de les perdre ensuite. L’acte criminel n’intervient donc que lorsque ces images sont délibérément diffusées, peu en importe la raison. Personne ne devrait donc être jugé pour ses pratiques sexuelles, celles-ci n’affectent en rien l’implication de chacun de nous dans ce qu’il faut comme travail. Mais, cette vérité absolue que vous conviendrez avec moi, ne devrait pas seulement concerner un camp politique.

Des victimes condamnables

Mme Aziz est une victime. Tout comme M. Kambinga.  Et avant eux, l’ancien vice-ministre Enoch Ruberangabo Sebineza, dont la scène fut moquée à travers la République. Il a certes eu la mauvaise idée de s’adonner à des tels actes sur un lieu institutionnel, qui plus étant un homme d’Etat,  et de ce fait, devant le drapeau national qui nous est si cher. Mais, cet homme était d’abord victime d’une pratique qui doit aujourd’hui trouver des solutions juridiques et sociales.

Aux noms du député Patcho Panda, de l’ancien vice-ministre Sebineza, du député Kambinga, de nos sœurs journalistes, de Mme Aziz et toutes les personnes victimes de cette pratique, nous nous devons d’épargner toute victimisation, mais y apporter une réponse claire. Que ceux qui seront touchés, qu’ils soient de la Majorité, de l’Opposition ou de la Société civile, soient assistés en tant que tels. Les coupables, politiques ou pas, devraient ainsi être poursuivis. Et nos réactions devraient bannir toute hypocrisie. Puissions-nous êtres choqués que par le mal.

Par ailleurs, cette question ouvre un sérieux débat dans notre société qui part de plus en plus en vrille et où ceux qui finissent par devenir des victimes devraient, avant toute chose, aussi répondre de leur naïveté.

En effet, libérer sa sexualité est une chose ; tous ceux qui ont roulé leur bosse à travers le monde savent exactement ce qui se trame derrière les rideaux parfumés des clubs d’échangistes, de striptease et autres lieux de rencontres torrides où le whisky et le champagne coulent à flots. Par contre, le faire au mépris de toute forme de morale, dans une pathétique mise en scène qui  inspire autant de pitié que de mépris est absolument irresponsable. Nous avons tous le diable dans le pantalon, mais cela ne saurait expliquer cette forme de chosification de l’être humain.

Dès l’instant où les deux tourtereaux ont décidé d’immortaliser leurs ébats, ils devraient être tout-à-fait conscients que le risque que la vidéo sorte du cadre privé était évident. Dire que le plus connu d’entre les deux justifie souvent la mise en ligne du sextape par la perte du téléphone portable, se disant victime d’attaques …Enfantillages ! Là encore, nous nous devons de nous assumer.

SoPolitico
Par Litsani Choukran, (@litsanichoukran)
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