Crise humanitaire dans l’Est : le PAM demande 543 millions de dollars pour mener ses opérations de février jusqu’à juillet

La Directrice adjointe du Programme alimentaire mondial (PAM) en République démocratique du Congo (RDC), Natasha Nadazdin a tiré la sonnette d’alarme sur la gravité de la crise humanitaire dans l’Est du pays.

Face à cette crise humanitaire sans précédent, le Programme Alimentaire Mondial (PAM) intensifie son aide depuis juin, apportant de la nourriture, des transferts monétaires, un soutien nutritionnel et des activités de résilience à 5,2 millions de bénéficiaires. Mais avec la détérioration rapide de la situation sécuritaire et alimentaire, et un manque criant de financements, le PAM est contraint de réviser ses plans à la hausse.De ce fait, cet organisme a besoin de 543 millions de dollars pour mener ses opérations des 6 prochains mois.

« Le plan minimum absolu du PAM pour 1,5 million de personnes les plus vulnérables est confronté à un besoin de financement net de 381,2 millions de dollars américains pour les six prochains mois. Mais pour maintenir nos opérations plus larges, nous avons besoin de 567,8 millions de dollars américains », a-t-elle dit au cours d’une interview diffusée sur le site officiel des Nations Unies.

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Selon les dernières analyses du Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC), environ 23,4 millions de personnes sont en situation d’insécurité alimentaire critique ou d’urgence dans le pays, dont 5,4 millions dans les provinces de l’Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.

La crise alimentaire qui sévit en RDC est étroitement liée aux conflits armés qui ravagent la région depuis de nombreuses années. L’est du pays est en proie aux affrontements entre différents groupes armés, ce qui a entraîné le déplacement massif de populations, la destruction des infrastructures agricoles et un accès limité aux terres cultivables.

Les déplacements de populations atteignent des proportions alarmantes avec près de 6,4 millions de personnes déplacées dans tout le pays, concentrées principalement dans l’est du pays. Dans les trois provinces orientales, ce sont plus de 5,3 millions d’individus qui ont été forcés d’abandonner leur foyer. Et le nombre ne cesse d’augmenter, avec 720 000 nouveaux déplacés depuis octobre dans le Nord-Kivu seulement, fuyant une escalade de la violence.

Une crise humanitaire sur fond de la recrudescence du M23

Les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri en République Démocratique du Congo sont particulièrement touchées par l’activité de groupes armés comme le M23. Ce mouvement terroriste est réapparu depuis 2021 et contrôle désormais plusieurs territoires stratégiques près de Goma. Accusé de massacres et de terribles exactions, le M23 a multiplié les attaques ces derniers mois contre l’armée congolaise, mais aussi les civils.

Cette recrudescence des violences dans sa partie orientale, plongeant ainsi la région dans une grave crise humanitaire. D’après le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), la RDC compte déjà parmi les pays qui dénombrent le plus de déplacés internes, et leur nombre ne cesse d’augmenter.

En septembre 2023, le Haut-Commissariat aux Réfugiés a dénombré plus de 8200 violations des droits humains, révélant l’ampleur des souffrances infligées aux populations. Le M23 se livrerait aussi à des recrutements forcés de civils, alimentant la crise humanitaire. Fin octobre, de nouvelles avancées du groupe armé ont aggravé l’insécurité dans la région.

Face à cette escalade du conflit sur des bases ethniques, les opérations humanitaires sont de plus en plus compromises. Des centaines de milliers de Congolais se retrouvent sans abri et dans le dénuement le plus total. L’armée congolaise est également mêlée à des violations, malgré les promesses présidentielles.

Selon le PAM, le nombre de personnes en situation de famine aiguë a explosé. Plus de millions de Congolais souffrent d’insécurité alimentaire, notamment dans les provinces du Nord-Kivu, Sud-Kivu et Ituri où sévit le M23. Les déplacements massifs de population qui en découlent aggravent la vulnérabilité des ménages.

Les systèmes de santé locaux sont dépassés. Pour sa part, l’ONG Médecins Sans Frontières (MSF) a dans une récente publication tiré la sonnette d’alarme sur la multiplication des épidémies de rougeole et de choléra dans les camps surpeuplés de déplacés, qui manquent cruellement d’eau et d’assainissement.

Malgré les promesses du gouvernement congolais, l’escalade de la violence rend quasi impossible l’accès aux zones sinistrées. Les humanitaires exhortent la communauté internationale à intensifier son soutien pour enrayer cette détérioration continue de la crise qui menace des centaines de milliers de vies.

Ézéchiel T. Mampuya

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