TP Mazembe: domage collateral d’une lutte politique

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Du football sur POLITICO.CD. Cela devrait déjà étonner. Pas lorsqu’il s’agit en fait, de la continuité d’une lutte dont les motivations sont largement décrites dans la première partie de ce dossier (ici). En réalité, le Tout-Puissant Mazembe, club cher à Moïse Katumbi, est à la fois une structure sportive et une machine politique. Le Pouvoir, qui a longtemps partagé les retombées de cette fierté congolaise, trônant sur le continent, y a vite vu une menace.

6 novembre 2016. Nous sommes à l’âge d’or du duel Kabila – Katumbi. L’opposant congolais est alors en exile. D’où il titille le gouvernement congolais, à coup de sorties médiatiques. Loin de ce tableau politique, un match de football cristallisera à lui-seul la situation. Il s’agit de la finale retour de la Coupe de la Confédération de la CAF. Elle oppose ce jour-là, le club du TP Mazembe aux algériens du MOB. Pendant 90 minutes, la télévision nationale, RTNC, livrera un duel contre Katumbi.

Dans un stade de Kamalondo plein comme un oeuf, l’ombre de l’opposant congolais Moïse Katumbi, plébiscité par les supporters du TP Mazembe, planera durant toute cette rencontre, sanctionnée par trois buts à zéro contre les algériens du MOB (1-1 au match aller).

Aux chansons à la gloire du richissime ex-gouverneur du Katanga et hostiles au président Joseph Kabila, la télévision nationale s’y serait mêlé, en « censurant » ces séquences de joie, très redoutées par le Pouvoir congolais.

A la 63ème minute de la rencontre, par exemple, une séquence des supporters brandissant le portait de Moïse Katumbi dans les gradins a été systématiquement interrompue par un générique, en plein match. Durant toute la rencontre, plusieurs coupures de sons intervenant à des moments où les supporters du TP Mazembe ovationnaient son président ont été observé.

En fait, le duel a commencé depuis fort longtemps. Déjà en juillet, la même année, Trésor Mputu Mabi, figure emblématique du club lushois, est arrêté à Lubumbashi par… l’Agence Nationale de Renseignements (ANR), pour une affaire de « violence conjugale« !

Des problèmes de transfert de fonds

Dans ce combat sans merci, amplifié par l’exil de Moïse Katumbi, le TP Mazembe en prend les coups. Une descente aux enfers est observée. Outre des mauvais résultats sur la scène continentale qu’il dominait pourtant en maître, c’est l’entraîneur français Thierry Froger, après avoir passé seulement quatre semaines au club, qui dressera une expérience aux frontières de l’irréel.

https://www.youtube.com/watch?v=FWO10MgtFo4

Invité de l’émission « Le Vestiaire » diffusée le 13 avril dernier sur SFR Sport 1, une chaîne de télévision française, il raconte alors  les nombreux problèmes qui l’ont conduit à mettre fin à cette très éphémère aventure. Outre l’indiscipline, le technicien français y déballe alors une désorganisation totale. « Le club n’est plus le même depuis que le président Katumbi vit en exil« , conclura-t-il sa longue explication, à suivre ci-dessus.

En dehors du club, les académies de football de Moïse Katumbi n’échappent pas à cette situation de détérioration. Comme l’explique un reportage de l’Agence France Presse (AFP), publié ce 28 juin.

Les recrues ne manquent pourtant pas pour la Katumbi Football Academy, raconte l’agence française. « Mais la pépinière est dans la tourmente depuis le départ en exil en 2016 de son mécène et propriétaire, Moïse Katumbi« , expique-t-on dans ce reportage.  Le principal problème, c’est les finances. Depuis la Belgique ou la Grande Bretagne où il livre son combat politique, Moïse Katumbi aurait de plus en plus du mal à transferer de fonds pour alimenter ses installations sportives.

« L’intégralité du budget de l’Académie est financée grâce aux propres deniers de M. Katumbi. Or depuis installation de celui-ci en Belgique, l’argent n’arrive plus qu’au compte-gouttes, le mécène ayant semble-t-il le plus grand mal à transférer des fonds« , affirme l’AFP.

L’institut est à la diète, poursuit l’AFP. Les entraînements, qui se déroulent désormais au stade du TP Mazembe, ont dû être espacés. « Chaque mois, je pèse les joueurs. Là, pour la première fois depuis cinq ans, ils ont perdu du poids parce qu’on a été obligé de réduire la nourriture« , s’inquiète, son directeur-général, le Français Régis Laguesse, 67 ans, qui a formé de jeunes espoirs, d’Abidjan à Bangkok.

Comme le Tout-Puissant Mazembe, qui recolle les morceaux en portant à sa tête, Pamphile Mihayo, un enfant de la maison, c’est tout le projet sportif de Moïse Katumbi, valeur sûre dans le continent africain, qui souffre d’une lutte au pouvoir, qui fait à présent des dégâts là où on s’y attendait le moins.

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