Une militante de Beni à l’ONU: Que les pays donateurs accordent plus des financements aux ONG féminines locales

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Julienne Lusenge, cette congolaise originaire de la région de Beni, dans l’est de la RDC, était l’une des participantes au dialogue de haut niveau consacré aux synergies entre le programme pour le développement durable et l’Agenda pour la paix, qui s’est tenu la semaine écoulée au siège de l’ONU à New York.
Devant la tribune de l’ONU, Julienne Lusenge est revenue sur la situation de son pays, les causes sous-jacentes des conflits qui le minent et leur impact dévastateur qui rend le développement durable quasiment impossible.
La présidente de l’ONG «Fonds pour les femmes congolaises» a plaidé pour l’exploitation des ressources naturelles au bénéfice des populations locales, ainsi que la création d’une économie verte véritablement durable et inclusive, dans laquelle les femmes puissent participer activement et jouer pleinement leur rôle. Travaillant dans la lutte contre les violences sexuelles, notamment aux côtés du gynécologue Denis Mukwege, cet activiste a déploré le fait que les politiciens Congolais jouent à la manipulation de conflits identitaires de communautés tribales pour faire des conflits ethniques leur plaidoyer afin de s’attirer la sympathie de membres de leurs tribus respectives.
S’adressant à la communauté internationale, Julienne Lusenge a fustigé la non application des différentes résolutions prises par le conseil de sécurité de l’ONU, notamment contre les minerais de sang, qui constituent actuellement l’une des majeures causes de l’instabilité dans la sous-région de Grands-Lacs. « Les pays dont les multinationales n’ont jamais coupé des cordons avec les groupes armés qui les ravitaillent en matières premières (coltan, cassiterite,…) devraient être sanctionnés par l’ONU car ce sont ces groupes armés qui créent l’insécurité paupérisant les populations locales » a-t-elle plaidé.
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Face à cette situation, Julienne Lusenge pense que l’interrogation des pays donateurs seraient d’évaluer l’impact de la mission de l’ONU pour la stabilisation de la République Démocratique du Congo [Monusco], qui en 17 ans de présence sur le sol Congolais n’a pas réussi à accomplir sa principale mission, consistant à rétablir la paix dans ce plus grand pays francophone du monde. « Avec la plus grande part du budget allouée à cette plus importante mission de maintien de la paix, les résultats n’ont pas encore été atteint. Les pays donateurs devraient savoir que la population Congolaise peut se prendre en charge, une fois la paix restaurée dans ce pays. Il y a le peuple de Beni par exemple qui a démontré qu’il peut vivre en autonome. Depuis 2010, cette région était un grenier de l’est de la RDC en vivres et un fournisseur important du cacoa au marché international. Mais depuis 2014, les habitants n’accèdent plus à leurs champs et de tonnes d’aliments aussi de gousses de cacao pourrissent en brousse ou sont exploitées par les rebelles, qui en plus ont massacré de milliers de personnes. »
Julienne Lusenge et Antonio Guteres, secrétaire général de l'ONU
Julienne Lusenge et Antonio Guteres, secrétaire général de l’ONU
Tout en saluant la lutte pour l’émancipation de la femme Congolaise, Julienne Lusenge a appelé les autorités Congolaises et les dirigeants des organisations internationales à ouvrir la grande porte du financement aux organisations féminines. « Dans les appels à subventions, les bailleurs de fonds ont toujours indiqué encourager les initiatives féminines. Mais lorsque les organisations de femmes présentent leurs projets, ces derniers ne sont pas souvent pris en compte. Que l’ONU et les bailleurs de fonds adaptent leur mécanisme de financement aux ONG locales tenues par la gent féminine, qui vit quotidiennement les différents problèmes de développement et qui les comprend mieux » a-t-lle nuancé accusant les organisations internationales de s’accaparer de la grande part du financement et de quitter les zones lors de la montée de crises.
Julienne Lusenge est également revenu sur l’appui des bailleurs de fonds aux initiatives locales luttant contre le réchauffement climatique. « Il y a des organisations locales qui ont lancé des initiatives écologiques qui peuvent réduire sensiblement le réchauffement climatique dans le cadre de l’agenda 2030, mais ces innovations restent sans appui » déplore-t-elle.
Julienne Lusenge est une personnalité africaine originaire de la République Démocratique du Congo connue pour son engagement envers les femmes victimes de violences, notamment sexuelles dans le Nord-Kivu. Elle est directrice du Fonds pour les femmes Congolaises (FFC) et cofondatrice et présidente de l’ONG Solidarité féminine pour la paix et le développement intégral (SOFEPADI). En 2013 elle est élevée au rang de chevalière de la Légion d’honneur pour son combat. Elle est également lauréate de plusieurs prix internationaux dont le Nobel Women’s Initiative et le prix de droits de l’homme de l’Ambassade Américaine en RDC.
Fiston Mahamba avec Radio de l’ONU de New-York

2 Commentaires

  1. Bonjour Maman Julienne.

    Nous ne cessons de dire merci pour les effourts que vous continuez à fournir en faveur de la femme de l’Est en particulier et de toutes les femmes de la RDC en général.
    Courage Maman.

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