Des années de pénitence. D’une maladie curable mais négligée. La jeune dame, née dans la douleur il y a cinquante-sept ans, n’a pas survécu. D’un côté ses médecins, des apprentis; de l’autre, ses enfants: le peuple; ont tous contribuer à la négligence habituellement accordée aux agonisants, pour aboutir à cette fin fatale.

Elle a pourtant tenu, cette République. D’abord face aux belges, ensuite face à la toque du Léopard, qui l’aura houspillée pendant 32 ans. En 1997, le génie médical congolais lui trouve l’antidote Afdl 500ml, à perfuser et avec effets secondaires. Un remède empoisonné, qui aura comme effet de la plonger dans un marécage à incertitudes, jusqu’en 2006. Où, forte de son expérience maladive, elle se lève enfin et se tient droite.

Je vous évite la ritournelle qui s’en suit. Retenons qu’elle rendra l’âme après une longue série d’agonie. Si, avant le 19 décembre, on pouvait bien tourner nos regards vers la Cour Constitutionnelle pour voir un report des élections, – l’élixir suprême d’immortalité pour la République – s’annoncer de manière anti-constitutionnelle, il faudra, cette fois-ci, avoir la descente d’éviter aux restes de la nation cette énième comédie. Car, ayant accepté de remplacer la constitution par un accord politique non respecté, nous avons, par la même occasion, tué la République et ses institutions.

A présent, nous sommes tous régis par la bonne mauvaise volonté de l’organisateur de ses funérailles. Corneille Nangaa. Saint, patron de la commission électorale, la seule qui n’aura jamais été capable d’organiser les élections. Lui, grâce à sa télescope magique, peut nous annoncer toute sorte de mauvaises bonnes nouvelles. Car, nous n’avons plus rien pour le contraindre. Sur base de quoi, après avoir tué et accepté de tuer la République, pouvons-nous lui réclamer un calendrier électoral « tout de suite »? Et puis quoi? On fera quoi s’il n’obtempère pas? Quel organe, quelle loi lui opposerons-nous?

Nous avons un gouvernement d’union nationale qui ne l’est pas. Un budget national tiré du monde de rêves. Un Premier ministre issu d’une opposition qui le lui refuse. Nous avons, aussi, un président de la République qui est maintenu par une Cour Constitutionnelle régie par une Constitution qui n’est plus respectée. Même le dollar, devise étrangère, ne nous respecte plus. Les prisons non plus. Et la liste, très longue, ne s’arrête non plus.

Oui, c’est la fin de l’âge de la raison dans ce pays qui n’en a jamais connu. Les funérailles de la République. Un chaos très organisé où chacun se maintiendra à son poste, au jour de l’apocalypse: le peuple, gardera son fauteuil du soufreur. Moi, je garderais le mien à critiquer tout ce qui bouge. Mes condoléances à tous. Le temps, de se réveiller. D’agir, et de trouver une solution définitive à la maladie, pourtant curable, qui assassine notre nation.

Car, en réalité, la mort de la République, mère de notre nation digne, ne signifie en rien la nôtre. Nous pouvons en créer, une autre : plus juste, plus puissante et mieux pensée. Centrée sur la justice, l’égalité et la fin de la comédie collectivement adoptée comme stratégie politique.

Litsani Choukran
Le Fondé, grippé!