L‘aube d’un accord historique qui ne l’était finalement pas. Au 1er janvier 2017, la République démocratique du Congo se réveille avec la gueule de bois d’une longue nuit de tractations politiques autour des évêques de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO).

C’est finalement tard, dans la nuit de la Saint-Sylvestre, que majorité et opposition finissent par accorder leurs violons sur cet accord de la CENCO. Un ensemble de dispositions qui prévoient entre autres la tenue des élections fin 2017, et surtout le partage de responsabilités: tant au gouvernement, qu’à travers la nouvelle institution du Conseil national de suivi de l’accord et du processus électoral.

L’accord pas très catholique

Cependant, dès le 3 janvier, et alors que l’euphorie se dissipe, la réalité fait face.  On se rend dès lors compte que le Mouvement de Libération du Congo (MLC) et les opposants proches de Samy Badibanga — dont José Makila et Jean-Lucien — ont refusé de signer ces accords. Toutefois, ils seront étrangement rejoints par la Majorité Présidentielle, qui multiplient des signaux susceptibles de remettre en cause ces résolutions.

En effet, la MP a annonce avoir signé ces accords « sous réserve », protestant contre ce qu’elle qualifie de « manque d’inclusivité ». Selon la famille du Chef de l’Etat, le refus du MLC de Jean-Pierre Bemba, accompagné du Front pour le Respect de la Constitution, y compris celui des opposants proches de Samy Badibanga — signataires des accords du 18 octobre 2016 à la Cité de l’Union Africaine, fait que ces accords du 31 décembre ne soient pas inclusifs.

Lors de son point de presse à Kinshasa, Lambert Mende, ministre de la Communication et Porte-parole du gouvernement rappelle que le précédent accord signé le 18 octobre avec une frange minoritaire de l’opposition avait été contesté. L’objectif de la majorité, selon lui, c’était d’obtenir un plus large consensus pour éviter toute contestation à venir.

Le 17, le MLC décide finalement de signer, mettant fin à l’épisode. Toutefois, d’autres têtes à controverse font surface. L’opposition et la majorité n’arrivent pas à s’accorder sur l’interprétation de l’accord, notamment sur les dispositifs pour la formation du prochain gouvernement de transition.

Le pouvoir congolais affirme, loin de l’accord, qu’il revient au président Joseph Kabila de choisir le prochain Premier ministre, alors que le Rassemblement, principale coalition de l’opposition, affirme, citant l’accord, qu’il lui revient de choisir son candidat. La MP exige au moins trois noms, l’opposition répond par un seul.

L’église en colère

En mars, alors que les négociations autour de l’arrangement particulier s’enlisent, l’Abbé Donatien Nshole,  Secrétaire général de la CENCO, en pleins négoces, laisser exploser sa colère:  « Depuis plusieurs semaines, il n’y a que deux points qui bloquent. Où les uns et les autres paraissent encore intransigeants. Et devant cette situation, la médiation a fait des propositions concrètes pour avancer, mais c’est ne pas écouté…. Que’est-ce qu’on peut encore faire? Elle n’a que la parole, elle n’a pas les armes, elle na pas le fouet« , premier chapitre.

« Il faut être franc. Il faut jouer franc-jeu, il ne faut pas donner l’impression que l’on dialogue, alors que l’on ne veut pas dialoguer. Qui dit dialogue, qui dit négociation doit être prêt à des concessions. Mais si on est arrivé à ce stade où les uns et les autres ne savent même plus s’écouter, et surtout on ne sait même plus prendre en compte les sages propositions, ça signifie qu’il y a un autre agenda. ça signifie que l’on veut autre chose. N’oubliez pas que les évêques ne sont pas là pour attendre à résoudre les problèmes « , second chapitre.

En avril, l’accord vole complètement en éclat lorsque Joseph Kabila décide de faire de Bruno Tshibala, obscur transfuge de l’UDPS, Premier ministre du gouvernement de transition, jurant respecter l’accord qui ne concédait nullement une telle tournure.

Pourtant, quelques jours plus tôt, le 29 mars, lorsqu’ils rencontrent le président Kabila, les évêques de la CENCO avaient encore pris soin de ne pas suspendre complètement leur médiation. Une fin qui viendra finalement du Président, prenant les prêtres à contre-pied. Devant la situation, l’Eglise qui est toute aussi pointée du doigt par la population, qui l’accuse d’avoir « joué le jeu du pouvoir« , en ciblant parfois ses lieux saints, monte à l’offensive pour faire enttendre sa position, qui est loin de coaliser avec le Pouvoir.

Appel à la mobilisation

Dans la foulée, la CENCO entre en furie, qualifiant la nomination de Tshibala « d’entorse à l’accord« , tout en soutenant activement le Rassemblement de Félix Tshisekedi, alors que sa mission de facilitation était pourtant arrivée à terme.  Les catholiques ne prendront même pas part à la signature de l’arrangement particulier sous l’égide du Parlement congolais, prétextant « un événement plus important ».

Réunis du 19 au 23 juin à Kinshasa dans le cadre de la 54e assemblée plénière ordinaire, les évêques catholiques appellent le peuple congolais à la mobilisation. « Le pays va très mal. Debout congolais ! Décembre 2017 approche ». « Le pays va très mal », scande ce long texte des catholiques.  « Nous sommes profondément inquiets et préoccupés par la détérioration continue de la situation économique, sécuritaire et humanitaire, ainsi que par l’impasse politique actuelle», disent les évêques.

Ils dénoncent la corruption, les évasions fiscales et le détournement des fonds publics par un groupe qui abuse du pouvoir ; avec pour conséquence la détérioration sans précédent de la vie sociale de la majorité des congolais. Les évêques soulignent en outre que « l’insécurité quasi-généralisée à travers le territoire national influe directement sur la vie des personnes ». Ils rappellent le lourd bilan humanitaire et matériel des affrontements dans le Kasaï (3.383 morts, 30 fausses communes, plus d’un million des déplacés internes et 30.000 réfugiés en Angola en neuf mois).

La CENCO fustige le manque de justice, la restriction du droit à la liberté d’expression et l’interdiction des manifestions pacifiques, qui va jusqu’à un usage excessif de la force ; ainsi que les arrestations arbitraires des défenseurs des droits humains, des acteurs politiques et sociaux et de tous ceux dont la voix diverge de la pensée du pouvoir.

Ainsi se termine l’année 2017 pour les Catholiques, promettant une année 2018 attendue au tournant. La CENCO, qui prend de plus en plus ses responsabilité face à la crise politique qui perdure, va peut-être y jouer à rôle plus déterminant.

QUELQUES PUBLICATIONS SUR LA CENCO CETTE ANNÉE