D‘abord un homme, une icône, un leader charismatique et un héros reconnu par tous, et qui a tant donné à son pays. Etienne Tshisekedi, lorsqu’il s’éteint le 1er février 2017, seule l’ancre d’une plume indigne que je tiens ici même s’est fondue en larme, dans l’espoir de lui rendre tant ce qui était à lui. Le baobab de Kananga s’est couché, disais-je. Son légendaire “monière” s’est figé. Le Congo profond n’en croit pas ses oreilles, ya Tshisekedi s’en est allé. Chacun l’aime désormais. Même ceux qui, alors, s’opposaient à lui dans les éternelles et glissantes discussions directes de la CENCO.  Il est le héros absolu. On cite ses mots. On apprend ses pensées. On fredonne ses discours. Jamais peut-être, un homme n’a été aussi grand dans la mort. Car à la différence de ceux qu’on élève quand ils rendent l’âme, lui était déjà immense, de son vivant.

Jamais, à ce moment précis, personne n’aurait alors osé miser un tel tournant sur la fin d’un homme que tous voulaient placer ci-haut dans l’estime. Et pourtant, nous y sommes, jusqu’au cou. Plus dur, la bassesse n’a pas élu domicile là où on pouvait l’imaginer.

En effet, s’il était évident que Kabila, du moins son pouvoir, est connu pour son légendaire cynisme, comment diable se retrouver dans un terminus où les Tshisekedi eux-mêmes nous ont amené ? Tenez, Félix Tshisekedi, un héritier que son père a su préparer, frayant pour lui le chemin vers le leadership de son UDPS, défiant toute norme démocratique qui régit ce grand parti de l’opposition ; n’est autre que l’homme qui aura tout tenter, glissant sur le cercueil de son paternel, tel une planche à voile, dans l’espoir de s’offrir un poste de Premier ministre subalterne, que finalement une autre cocasse s’offrira.

Balbutiant, sans froid aux yeux, il annonce dès les premiers jours du deuil national qu’il faut toute d’abord une autopsie à la dépouille, dans l’espoir d’y déceler un complot d’assassinat digne de fiction Hollywoodienne. Non content, le fils, qui ressemble comme le jour et la nuit à son père, s’invente une “base de l’UDPS”, qui exige que lui soit nommé Premier ministre avant tout rapatriement de la dépouille.

Dans cette martingale infâme, il est aidé par une écurie d’irresponsables politiques nourris à la mamelle de Tshisekedi durant des dizaines d’années, et qui iront, à leur tour, commercialiser ce capital national pour s’offrir des postes près du soleil Kabiliste.  Mubake Valentin, le fidèle des infidèles, s’offre une visite espoir sur le tapis rouge du Palais de la nation, alors que Bruno Tshibala tire le Jackpot l’évacuant de son calvaire de Lemba.

Entre-temps, la nation assiste hébétée à cette télé Novelas que le Pouvoir s’adjugera le rôle de tireur de ficèles aussi raides que fragiles, transformant familles et proches de Tshisekedi en véritables marionnettes de la foire aux vanités. Et lorsqu’ils ne sont pas impuissants, les Tshisekedistes s’offrent en théâtre, creusant un énorme trou au siège du Parti à Kinshasa, annonçant sans rire un mausolée qui ne viendra jamais.

En réalité, Kabila n’en demandait pas plus qu’un fils cupide et une famille désemparée pour glisser sur le cercueil du Sphinx. Le Président, même muni de mauvaise foi, sera surpris de la teneur sans cœur d’hommes qui n’ont finalement jamais eu de limite dans leur quête de pouvoir.

L’immortel Sphinx vivra toutefois dans les cœurs de ces populations en quête de héros et qui se recherchent. Le Sphinx éternel, lui, restera un modèle, même sans être porté en terre. Un enseignement vivant, qui déballe la noirceur qui anime une classe dirigeante et une famille qu’il faudra à présent regarder en tant que telle : des marchands d’un cadavre.

Litsani Choukran,
Le Fondé.