L‘union fait la force dit-on.  Diviser pour mieux régner serait donc la tactique de l’adversaire.  Cependant, la cohésion doit-elle faire dam à l’efficacité, contre la réussite d’une lutte noble et primordiale? Doit-on rester unis simplement par peur de la dislocation ? N’avons-nous pas des comptes à rendre, des objectifs à égaler ? Ne devrions-nous pas nous remettre en cause tout en restant homogènes dans la lutte ? Peut-on finalement se parler, assumer les carences, et passer le flambeau après avoir tout donné sans être à la hauteur ?

Histoire d’une course à relais

C’est donc l’histoire que je m’apprête à conter.  Une sortie qui prend position. Un choix, un conseil libre et désintéressé.  L’histoire d’une course à relais. Une course à pied vers la liberté, pratiquée sur piste glissante et par équipes, où chaque membre parcoure une fraction du circuit avant de permettre au coéquipier de se lancer à son tour, à moins qu’il soit le dernier à courir et à couper la ligne d’arrivée.

Cette expédition, qui vise à libérer un peuple, le sortir de l’opprobre, de la souffrance ; appelle cependant aux membres de l’équipe de la bonne cause, ceux qui militent, tiennent et luttent, à être aux meilleures de leurs formes. A la hauteur de la tâche. La lutte, salutaire, demande à ces coureurs d’être infaillibles, chacun à son poste. Sprinter à la fin, marathoniens au tout début.

Trêve de métaphore. Nous sommes au Rassemblement, la principale coalition de l’opposition en République démocratique du Congo.  Un rêve formé de la volonté d’un homme de sauver une nation en détresse, en ralliant les meilleurs des combattants autour d’une union sincère et efficace. Un an après la disparition de son fondateur Étienne Tshisekedi, grand baobab de la lutte politique en RDC, cette formation n’est plus que l’ombre d’elle-même.  Dévastée tant par un pouvoir qui soit l’oppresse, soit la pille de ses éléments les plus médiocres ; elle est aussi et surtout victime d’un casting très empuanti à sa tête.

Cette sortie n’est pas celle de la langue de bois.  Il s’agit évidemment ici de Félix Tshisekdi, fils du père dont il n’a visiblement hérité que du nom et d’une morphologie infidèle. Il ne sera certes pas question de dézinguer un homme qui a choisi une lutte difficile et compliquée, bien que noble ; mais voilà : remontons l’histoire, remettons-nous en cause.

Geneval, juin 2016. Dans cette banlieue chic de Bruxelles, un homme réussi ce que beaucoup n’ont pas pu avant lui: réunir la classe politique de l’opposition congolaise sous un même leadership. Etienne Tshisekedi, vieil opposant historique et précurseur de la lutte pour la démocratique en RDC, met tout le monde d’accord sous la bannière du Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement.

Tshisekedi : pas seul fondateur du Rassemblement

Pour y arriver, le leader de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS) a été aidé de très près par un homme, ancien Kabiliste même, Moïse Katumbi. Le riche homme d’affaires venait de claquer la porte de la Majorité Présidentielle, déclarant ses ambitions présidentielles. A la surprise générale, Etienne Tshisekedi —  que l’on connaît revêche —  accepte de lui accorder du crédit, allant jusqu’à, selon les témoins, co-créer cette coalition avec lui.

Moïse, comme l’appelle ses partisans, reste en arrière-plan durant cette constitution. A Bruxelles, c’est son frère, Raphaël Katebe Katoto qui sera porté symboliquement au Conseil des sages de cette nouvelle coalition. Il est néanmoins archireprésenté, notamment par sa coalition du G7, mené par Charles Mwando ou encore Pierre Lumbi.  En apparence, Etienne Tshisekedi trône sur cette coalition. Un choix néanmoins que stratégique.

En effet, à Kinshasa, la crise galope, à cette fin du mois de juillet 2016. Joseph Kabila trône sur la scène politique où il cherche un moyen sûr pour échapper à la fatidique date du 19 décembre qui s’approche. Pour le stopper, du moins tenter durablement, un seul homme, celui-là même qui a tenu tête au tout-puissant maréchal dictateur Mobutu, Etienne Tshisekedi.

On ne saurait tout refaire ici. Retenons qu’Etienne Tshisekedi s’éteint le 1er février 2017, laissant derrière lui une coalition en errance. Moïse Katumbi tente logiquement de reprendre la main ; mais préfère mettre en avant le supposé digne successeur du leader historique: son fils Félix, du même nom.

Près d’un an après, le fils n’arrive pas à combler l’absence du père. A Kinshasa, un an après la signature de l’accord du 31 décembre, l’opposition s’étoile, à l’image de Félix Tshisekedi. Des rumeurs annoncent la création d’un nouveau Rassemblement du côté de Moïse Katumbi, qui dément. Coincée entre une transition hypothétique sans Kabila et un processus électoral embusqué, Félix Tshisekedi doit encore affronter Bruno Tshibala dans sa tentative belliqueuse de dédoubler l’UDPS.

Succéder à Tshisekedi fils

Moïse, qui dément énergiquement tout éclatement dans un communiqué publié la semaine dernière, est pourtant attendu au tournant. Coincé à l’étranger, il a longtemps préféré délégué le leadership de son combat. S’affichant seulement comme le candidat à la Présidentielle, et laissant le choix de l’action politique tantôt à Pierre Lumbi, ou même à Gabriel Kyngu.

Cependant, Kyungu comme Lumbi, s’effacent de plus en plus. “Le baobab” du Katanga vient même de déclarer forfait pour cause de maladie. Lumbi lui, n’arrive plus à maîtriser le dossier Félix, avec une UDPS de plus en plus distante. L’unité tant préservée appelle désormais à une énième révolution au sein du Rassemblement.

Depuis l’étranger certes, Katumbi se trouve dans une position où il peut-être le seul à fédérer le Rassemblement. Cependant, l’ancien gouverneur du Katanga doit descendre dans l’arène et assumer son rôle de leader, longtemps camouflé, sans doute à cause des lacunes personnelles.

Car loin d’être un homme raffiné et fin politicien, c’est surtout un homme d’affaires qui n’a eu que le Congo comme dernière lutte à mener. Des bonnes idées, des moyens, et une crainte perpétuelle infligée au président Kabila, jadis son mentor, l’ont propulsé au-devant de la scène.

Cependant, à l’heure où l’opposition broie du noir, Katumbi, qui montre en outre des signaux d’apaisement avec “son frère” Vital Kamerhe, l’autre poids lourd de l’opposition, et Jean-Pierre Bemba, amoindri mais haut dans l’estime, a là l’opportunité de sortir de sa tanière et opérer une révolution qui puisse faire revivre l’opposition congolaise face à Kabila, alors que le combat s’annonce rude.

Chaque lutte a besoin de leaders forts, incorruptibles, qui en les moyens de leurs ambitions, et celles des peuples en souffrance. Lui, Moïse, reste à ce jour, l’un des hommes de cette race, capable d’incarner à la fois une alternative, mais aussi et surtout, un gage de cohésion autour d’une lutte qui reste entière et qui se doit d’être livrée, dans l’unité, pour la survie de cette nation.

Litsani Choukran,
Le Fondé.