Il est venu au monde pour régner à vie. “Moi ou le chaos” disait-il de son vivant. Et l’homme semble tenir parole, de l’au-délà même. Vingt ans après ce qui aurait dû être la fin de son pouvoir destructeur sur des millions de vies zaïroises, Mobutu Sese Seko, né Joseph-Désiré Mobutu, reste aussi vivant, tant dans l’esprit que dans le quotidien de cette nation en perdition.

Et pourtant, Laurent-Désiré Kabila et ses mauvais alliés de circonstance ont cru avoir tout fait. Une entrée triomphale dans la capitale. On renomme les stades, les lieux, le fleuve, la monnaie et même le pays; tout en s’offrant une épuration du système Mobutu. Et, comme un symbole, la mort du guide suprême à peine quatre mois après la prise du pouvoir par l’Alliance des Forces Démocratiques de Libération du Congo (AFDL).

Hélas! Dès l’aube de son intronisation, le “Mzee” se rendra compte de la situation. Car en réalité, tout pouvoir qui dure plus de trois décennies n’est plus la propriété d’un seul homme. Il devient un système, un état d’esprit, une nation. Dans cette nouvelle République démocratique du Congo naissante, il s’avère que le Maréchal n’ait plutôt été que la partie visible de l’Iceberg. Tout de suite, on se rend compte qu’il faille des spécialistes pour piloter le chaos Congo. Les mêmes qui traversa,  jambes au cou, en direction de Brazzaville, devaient à tout pris revenir. Sans compter sur la querelle autour du partage du gâteau congolais entre anciens alliés, qui pointe son nez et qui se transformera en une effroyable guerre.

En somme, le départ de Mobutu n’a rien réglé dans ce pays. Le Mobutisme, son système à lui, pensé et créé dans le seul objectif de le garder haut, au pouvoir, se bat alors avec le nouveau, par puissances extérieures interposées. Au milieu, un homme, un vieux maquisard, paiera de sa vie. De ses cuisses, sort un certain Joseph Kabila. Il a 29 ans. Frêle, ne sourit pas. Il rappelle par ailleurs un certain Joseph-Desiré lorgnant par dessus l’épaule de Patrice Emery Lumumba.

Le maréchal est mort, vive le Raîs!

Le jeune homme, comme son feu père assassiné, découvre alors qu’il lui serait très utile d’imiter l’autre Joseph, qui n’aura jamais été mort. Comme Mobutu, Joseph Kabila se fait petit. Il hérite du petit Machiavel édition poche que jadis utilisait le grand maréchal pour guider son Zaïre. Cinq ans après, comme lui, il pacifie le pays. Les anciens mouvements rebelles connaissent alors soit un destin à la Evariste Kimba, soit à la Lambert Mende.

Soudain, comme en 1965, devant l’hôtel Régina à Kinshasa, le Général-Major devient le Raïs, une sorte de “Sese Seko” version Katangaise. Katumba Mwanke meurt dans un crash, à la Bingoto. Le MPR [Mouvement Populaire de la Révolution alias Majorité Présidentielle] voit le jour. Le fils de Mzee ira jusqu’à photocopier les pratiques de l’ancien dictateur. Il duplique la fameuse DSP et la renomme en “Bana Moura”. Il garde la même opposition en état liquide. Il s’offre une interminable transition, fait danser l’Occident, s’effrite à eux et prend même le plaisir de s’offrir un Étienne Tshisekedi version Kabilie: Moïse Katumbi. L’économie est au même niveau: le dollar fait danser la monnaie nationale, les fonctionnaires seront un jour payés.

Mobutu aurait pu mourir. Il est toujours pourtant là, à travers un système qui s’enracine dans l’identité même de cette nation. Le maréchal n’aura finalement été qu’un état d’esprit, un ensemble de pratiques, une boite de Pendore que chacun rouvre pour y tirer toutes sortes de maux serviables. A son peuple chéri, Mobutu aura imprégné la faculté d’oublier, d’oublier très vite, jusqu’à le regretter. Le préférer à celui qui ne fait pourtant que refaire sa conception du machiavélisme. Au fond, c’est peut-être la toque, les lunettes et la canne qui manquent à ce peuple, pour se rendre finalement compte que le Maréchal aurait vraiment pu mourir.

Litsani Choukran,
Le Fondé