François Muamba: le premier combattant de Tshisekedi

François Mwamba Tshishimbi s’est entretenu avec POLITICO MAGAZINE dans son numéro 00 du mois de Février 2017.

 

Il pleuvinait dans son jardin lorsque François Muamba Tshishimbi, président l’Alliance des démocratiques pour la République (ADR),  a accepté de nous recevoir sous sa paillote, tout près de son bureau, pendant qu’il revenait d’un point de presse tenu dans un hôtel de la place au sujet de la disparition d’Étienne Tshisekedi et la poursuite des négociations au niveau du centre interdiocésain.  Tenue décontractée, en bouche, le cadre du Rassemblement parle du Sphinx comme son père politique, son modèle depuis 1979 à Bruxelles.

A 65 ans, cet ancien ministre de l’économie, de l’industrie et Artisanat, également ancien ministre du budget et ancien député de la République démocratique du Congo a tout connu dans la politique de ce pays aux dimensions continentales. Avant d’être le Secrétaire général du Mouvement de Libération du Congo (MLC) de Jean-Pierre Bemba, alors deuxième force politique du pays et première force de l’opposition parlementaire à l’issue des élections générales de 2006, François Muamba a participé à la grande messe politique de Sun City.

Bien avant cet épisode faste, le président de l’ADR a connu, aux côté de Tshisekedi, où il a été notamment l’un des premiers combattants de ce mouvement fondateur de l’opposition congolaise dans les années 1980, les débuts difficiles de l’opposition démocratique au pays. Ainsi, lorsque le leader de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS) est arrêté le 17 janvier pour avoir tenté d’exprimer publiquement ses opinions politiques, contraires à la pensée unique mobutiste de l’époque, François Muamba sera chargé de créer et diriger la représentation en France de l’UDPS, qui se transformera plus tard en Comité de soutien à Tshisekedi et aux victimes du 17 janvier. Terme donné à tous ceux qui passeront sous la vague des services de sécurité mobutistes en cette macabre date.

Dans un même but et pour le même combat, il contribuera aux dernières prises de position du Lider-Maximo à travers sa plateforme «le Rassemblement » où il siège en qualité de membre du conseil des sages. Avec POLITICO! Magazine, l’homme revient sur son passé commun avec le leader historique de l’opposition en RDC. Entretien

POLITICO! Magazine: Bonjour François Muamba. Que gardez-vous d’Étienne Tshisekedi après sa disparition ?

François Mwamba : laissez-moi vous dire que je suis effondré par cette disparition. Étienne Tshisekedi occupait un terrain indispensable sur l’échiquier international. C’était notre guide, quelque part notre conscience. Nous pleurons et nous avons en esprit ce qu’il nous a laissé. Le dernier combat d’Étienne Tshisekedi ça été les négociations directes du centre interdiocésain qu’il a appelé de tout son vœu depuis près de deux ans. Au terme de ces négociations directes dans la nuit de la Saint Sylvestre 2016, un accord a été signé entre les deux parties, comme il aime bien le dire, Kabila et ses siens, Tshisekedi et tous ceux qui sont d’accord avec lui. C’est un héritage important du point de vue testament, témoignage. Nous avons le devoir de le mettre en œuvre, puis que cet accord comporte les termes de références extrêmement forts et qui ont un sens pour la jeunesse congolaise. Je vais vous livrer une confidence, on ne peut pas brûler le testament d’une personne disparue sinon, il vous pèsera à jamais sur votre conscience. Ceci est un conseil. Désormais, notre pays a été validé d’un pacte républicain qui stipule très clairement que nul, en RDC ne peut exercer la fonction du président de la République au-delà de deux mandats. Nous sommes devenus, grâce à Etienne Tshisekedi, un pays normal.

PM: Pourquoi le Rassemblement ne veut pas présenter 3 candidats?

FM: La constitution parle de la majorité parlementaire. Prenons le cas de figure l’accord du 18 octobre 2016 où le président Kabila et ses siens sont allés à la cité de l’Union africaine, ils ont réussi à composer une majorité élargie et un premier ministre était nommé. Ce que dit la constitution a été adapté à la réalité actuelle. Le président est allé chercher un premier ministre au sein d’une majorité recomposée.

PM: Donc, le Rassemblement deviendra aussi cette majorité élargie à Kabila?

FM: Vous m’avez tiré les mots de la bouche. Ça aurait été mieux, vous ajouter le Rassemblement et le front conduit par le Mlc, vous aurez là une majorité très élargie. Mais cela n’est pas le cas, pourquoi? Parce que l’accord de la Cenco au lieu qu’il provienne de cette majorité extrêmement élargie. Nous avons restreint le champ, ce n’est pas la majorité élargie qui désigne mais plutôt le Rassemblement. Et c’est un singulier que nous devons présenter, un seul nom. Si, Joseph Kabila avait son plein pouvoir discrétionnaire avant le 19 Décembre 2016, il en a plus après le 19 Décembre. Après le 19 décembre, le pouvoir et toutes ses attributions  de Kabila sont encadrés par l’accord. Voilà, la différence.

PM: Après le départ de Tshisekedi, pensez-vous que l’opposition soit capable de s’unir et faire face au régime Kabila?

FM: le 31 décembre 2016 lors que nous signons l’accord, qu’est ce qui a été dit au sujet du régime Kabila. Il n’est pas candidat au prochain scrutin présidentiel, pas question de référendum pendant la transition. Ne sous-estimez pas les épreuves de forces de l’actuelle opposition. Plusieurs tentatives dictatoriales ont été empêchées  par la population que nous représentons.

PM: vous avez été parmi les premiers combattants de Tshisekedi, est ce que nous pouvons dire aujourd’hui que vous êtes parmi ses héritiers?

FM: Et, je le revendique, marquez ça en gras. Tshisekedi et moi avions commencé à être ensemble depuis Belgique en 1979. Des rencontres privées à l’époque de la rédaction de la lettre de 13 parlementaires, qui était du reste une revendication interne des membres du MPR. Quand j’ai appris qu’Etienne Tshisekedi a été arrêté et mis en prison, c’était à la veille de la Saint sylvestre dans la nuit de 1970-80, voilà la Saint sylvestre nous revient toujours. J’ai été parmi les combattants de la diaspora qui avaient vulgarisé suffisamment cette fameuse lettre auprès des instances supérieures de la communauté internationale. Il était condamné pour 10 ans mais il en fait qu’une année en prison. Plusieurs décennies après,  nous l’avons rejoint en masse.  Tout ce que le Maréchal Mobutu a pu faire en termes de libération et de multipartisme, c’est en moitié notre combat.

PM : Quels sont vos prochains combats?

FM:Nous avons un combat immédiat ! Défendre l’héritage de Tshisekedi. C’est cet accord de la Saint sylvestre qu’il faut arriver à appliquer. Je souhaite même qu’on signe les arrangements particuliers avec le nouveau gouvernement avant même l’arrivée de la dépouille de Tshisekedi.

MP : Vous partagez le fief biologique, ancêtre commun, le territoire de Kabeya Kamwanga avec Tshisekedi,  la succession en termes de leadership se déroulera comment ?

FM: je ne pense pas que ça soit une question de leadership, parce que j’ai été député  national de cette circonscription électorale pendant 5 ans….

PM: Vous ne l’êtes plus aussi pendant 5 ans ?

FM : vous voulez parler de leadership en termes de compétition. Mais il y a la sœur de Tshisekedi qui est là, député nationale, élue de Kabeya Kamwanga. Vous savez, je vais vous dire la vérité. Qu’est-ce que la population de Kabeya Kamwanga m’a reproché en 2011? Vous voulez que je vous dise.

PM: nous vous en prions?

FM: pourquoi je n’étais pas avec Tshisekedi, pourquoi je m’affichait avec Joseph Kabila. Ne votez pas pour lui, il combat Tshisekedi.

PM Raison pour laquelle vous avez retourné chez Tshisekedi après avoir travaillé avec Kabila ?

FM: oui, une des raisons. Il faut un moment mettre en cohérence ce que l’on pense avec ce que l’on fait. Et donc, je ne dis pas que j’ai l’intention de revenir député parce que je suis déjà une figure nationale. Le moment venu, je prendrais les décisions idoines.

Propos recueillis par Edmond Izuba et Aline Engbe

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