Il y a 19 ans, le Marechal Mobutu Sese Seko prenait la poudre d’escampette, poursuivit par l’entrée triomphale d’un des plus grands patriotes que notre pays n’ait jamais eu: Mzee Laurent-Désiré Kabila.  L’homme, qui n’a malheureusement pas pu terminer son oeuvre débutée à Hewa Bora, nous a certes légué un atout majeur: l’esprit du combat! “Prennez-vous en charge”, telle était permanente recommandation à la plupart d’entre nous, jeunes, qui avions à peine une dizaine d’années jadis.

Dans cette année qui commence, 20 ans après, comme dans les années 1990,  alors que soufflait le vent de la démocratie sur le continent africain, la République démocratique du Congo est de nouveau attendue au tournant. Des générations entières convergeant vers un seul idéal: la démocratie. Sans être le bâton magique, celle-ci devrait néanmoins nous permettre de prendre, finalement, le train en direction du développement tant espéré depuis cette nuit où le Grand Kalle entonna son “Lipanda Tubakidi”.

Nous avons certes par dessus tout,  des conflits sociaux qui se multiplient. Derrière les revendications concernant le travail, le salaire, la santé, l’alimentation, c’est toujours une lutte pour la liberté qui nous anime. Un combat pour la dignité contre les nôtres qui pourtant nous oppressent. A l’âpreté de ces combats, souvent comparés aux jacqueries d’antan, répond la brutalité de la répression. La troupe charge, mutile et tue, et les peines de prison pleuvent sur les manifestants et les opposants. Parfois, ceux-là censés nous défendre passent du côté de l’oppresseur, fatigués de luttes sans fin.

Je me rappelle néanmoins d’une chose. Lorsqu’ils ont enfin gagné leur indépendance en battant les britanniques, les pères fondateurs des Etats-Unis, l’un des pays dont les hommes sont les plus libres au monde,  décidèrent de créer une nation où tous les citoyens seront égaux et libres. Ils créèrent par la suite une monnaie, le dollar. Et, ce que je trouve de remarquable: dans le dos du billet de 1 dollar, ils représentèrent une pyramide inachevée, qui symbolise en fait l’idée maîtresse de la nouvelle nation; à savoir: que la nation qu’il ont créé restait inachevée, il incombait alors à chaque citoyen de l’archer en travaillant dur. Je trouve cela magnifique.  D’autant plus qu’au Congo, un homme, Patrice Emery Lumumba, aura payé de sa vie pour symboliser ainsi cette quête perpétuelle de bâtir un pays “plus beau qu’avant”.

En cette fin d’année, je suis comme un animal blessé. Mon pays est par terre. Gangrené par une crise politique créée de toute pièce par une classe politique qui sent l’ammoniaque. Il ne s’agit pas de Majorité ou d’opposition, le Congo souffre d’un ensemble sans bords, ni campement. Néanmoins, laissez-moi vous dire que 2017 sera l’année des révoltes. Nous nous y consacrons avec enthousiasme, nous risquons nos vies et notre jeunesse, et soudain nous avons peur ; la joie initiale fait place aux vrais défis : la fatigue, la monotonie, les doutes sur notre propre capacité. Nous constatons que certains amis ont renoncé. Nous sommes obligés d’affronter la solitude, les surprises des virages inconnus, et après quelques chutes sans personnes à côté de nous pour nous aider, nous finissons par nous demander si cela vaut la peine de faire tant d’efforts.

Le Congo en vaut-il la peine? Il suffira donc de faire un tour du côté de Bukavu, regarder ses plaines et savourer sa douce température… et la réponse à cette question n’aura donc aucune importance. Car une fois que l’on a vraiment vibré du Congo dans son coeur, aucune injustice envers ces terres et son beau peuple n’est supportable. Oui, ça en vaut la peine.

A mon nom propre, à celui de toute l’équipe de Politico.cd et d’Equinox Medias, je vous souhaite une très heureuse année d’éveil et de combat paficique pour l’éclosion de notre nation.

Litsani Choukran,
Rédacteur en Chef et Fondateur de Politico.cd